dimanche 24 février 2008

Festival Sons d’Hiver #2, Tamar-Kali + Black Rock Coalition Orchestra, Maison des Arts de Créteil, 23 février 2008.

Je me répète peut-être, mais je suis cette année encore, épaté par l’organisation du festival sons d’hiver, qui a, de nouveau, réussi un coup fumant pour cette soirée de clôture de l’édition 2008. La soirée new-yorkaise de samedi a tout simplement été exceptionnelle avec par ordre d’apparition la chanteuse Tamar-Kali puis The Black Rock Coalition Orchestra dans un concert « Salutes to James Brown ». Vraiment, réussir à attirer dans cette banlieue de Créteil des musiciens américains de classe internationale, cela relève de l’exploit. Exploit qui rend malgré tout, criant le manque d’actualité dans cette belle salle de la maison des arts le reste de l’année.

Donc, Tamar-Kali accompagnée de son groupe les « 5ive-Pieces » a assurée une première partie rageuse et franchement emballante. Chanteuse Noire, Tamar-Kali a une voix superbe soul. Ceci pour le fond. La forme, elle déroute, car son groupe est très rock voire même franchement métal. C’est assez étonnant, mais on accroche facilement, car les musiciens sont excellents. Ce mélange est issu d’un mouvement typiquement new-yorkais que l’on appelle l’afropunk. On pense aux BellRays (voir mes messages des 4 février et 4 juillet 2007) ou aux Noisettes (voir mes posts des 19 mars et 12 novembre 2007) mais en version encore plus rentre dedans. Pourtant, sous le déluge de décibels, c’est pourtant de la soul music que l’on entend, le batteur en particulier possède le sens du groove.


Groove, le mot est lâché et la transition toute trouvée pour évoquer la suite de la soirée et le concert hommage au soul brother number one. Derrière son clavier, Gene Williams donne le ton : « Nous sommes tous là pour la même raison, on adore James Brown ». Collectif à géométrie variable fondé en 1985 par Vernon Reid (le guitariste de Fishbone, absent ce soir) The Black Rock Coalition Orchestra est en mission pour remettre le rock n’roll à la place qui lui revient de droit, au sein de la communauté Noire, car sans le peuple Noir, il n’y aurait pas de rock n’roll aujourd’hui. Après avoir rendu hommage à Jimi Hendrix, Sly Stone et Stevie Wonder, le nouveau projet de la Coalition est consacré à James Brown. Et c’est un véritable big band qui a fait le déplacement jusqu’à Créteil. Trompette (Wayne Cobham), saxophone (Roger Byam), batterie (Fred Alias, à la frappe aussi impressionnante que celle de Buddy Miles), clavier, basse (Ron Munroe) et deux guitares. Bien évidemment, pour n’importe quel chanteur, il n’est pas aisé de se glisser dans les mocassins de Mr Dynamite. En sus des deux guitaristes (Michael Hill et Kelvyn Bell), il seront deux (Manchild Black et George Thomas O’Bryant aka GTO) plus une chanteuse (Queen Aminah) a tenter de relever le défi à tour de rôle. Des cinq vocalistes que l’on a entendu, GTO, qui possède une voix qui rugit autant que le moteur de la voiture du même nom, a le timbre qui se rapproche le plus de celui de James. Il est également le plus expansif sur scène et paye de sa personne pour assurer le show : roulades, grands écarts, sprints dans le public, l’athlète a probablement fini la soirée sur les rotules. Queen Aminah est la plus jolie du lot, talons haut et petites robes sexy comme tout, elle est aussi une chanteuse remarquable. Manchild Black a lui eu la faveur de la gente féminine, sa voix évolue plus dans un registre crooner, très émouvante par exemple sur « Try Me ». Musicalement le rendu brownien est impeccable, funky et rageur, aussi bon que les concerts de Fred Wesley (voir mes messages des 14 mai et 1er septembre 2007) auxquels j’ai assisté. J’ai particulièrement aimé « Payback », « Cold Sweat », « It’s a man’s world » (dans une version à tirer les larmes), « I feel good », « Get on the good foot »… Il ne faut cependant pas croire que l’on a assisté à un simple copié/collé. Le groupe s’est vraiment approprié la musique de James et s’est lancé dans des jams impressionnantes, chaque musicien aura ainsi droit à son solo. Cette impressionnante prestation s’est terminée dans la liesse avec « Sex Machine ». Plus personne n’est assis, le concert se termine à cappella et même le batteur s’est emparé du micro, avec pour seul accompagnement les battements de mains du public. Ouah, quelle soirée…

samedi 23 février 2008

Festival Sons d’hiver #1, Massacre, Maison des arts de Créteil, 22 février 2008.


Déjà, ça commence mal ! A peine arrivé à la Maison des Arts, une affichette nous informe que Joe Henry, victime d’une grippe, ne peut assurer le concert prévu ce soir. Aïe ! Il faudra donc se contenter du trio Massacre. Peu connu du grand public, Joe Henry c’est un sacré client qui va nous faire défaut. Comme producteur, Henry a travaillé avec Elvis Costello et Allen Toussaint, sur le sublime album « River in Reverse », Salomon Burke et la magnifique Bettye Lavette sur l’album de son remarquable come-back «I’ve got my own hell to raise ». Saluons tout de même la gentillesse de l’équipe de la maisons des arts qui, aussitôt, nous propose un remboursement voire une invitation pour la soirée du lendemain. Toutes les salles sont loin d’avoir ce genre d’attention pour leur public. Certaines salles parisiennes, bien plus prestigieuses, feraient bien de s’en inspirer.

Donc, le trio Massacre est un peu esseulé ce soir. Massacre a été formé au début des années 80 par le guitariste anglais Fred Firth accompagné par le bassiste américain Bill Laswell et le batteur, étasunien également Fred Maher. Leur premier album « Killing Times » deviendra culte, car pendant longtemps il sera le seul du groupe. Ce n’est que depuis 1998 que Laswell et Firth, accompagné d’un nouveau batteur Charles Hayward, ont décidé de réactiver Massacre.

C’est dans l’obscurité et dans un silence quasi religieux, tranchant avec l’ambiance habituelle des salles de concert, que le trio fait son entrée sur scène. Des ronds de lumière crue délimitent la place réservée à chacun. Maintenant, que faut-il retenir de cette heure et demie instrumentale et expérimentale. D’abord des moments de pure mélodie avant que le groupe ne s’engage dans un tunnel sans fin, malstrom sonore indescriptible. Dans une réminiscence zeppelinienne, Firth, les pieds nus, triture ses cordes de guitare à l’aide d’un archer. Bill Laswell, le bonnet sur la tête, donne aussi dans l’expérimentation, j’ai rarement entendu une basse aussi peu orthodoxe. Les trois musiciens sont virtuoses mais le batteur Charles Hayward, m’a réellement impressionné. Il a un jeu très fin et pose des fondations bien utiles aux deux autres qui me semblent un peu barrés. Musicalement Massacre se situe dans des eaux troubles entre finesse jazzy, groove funk et un torrent de guitare noise. J’avoue avoir un peu décroché par moment, tellement ce groupe demande une attention de tout les instants. Ce fut néanmoins une soirée intéressante.

vendredi 22 février 2008

La Leçon de Rock

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Je ne sais pas qui est cet huluberlu, mais à mon avis il mérite un oscar, direct ! Enfin à supposer que ce type soit acteur. Quoi qu'il en soit, à force d'énormités, cette leçon toute personnelle sur le rock est hilarante. Un véritable moment d'anthologie (à regarder avec le son).

Et un grand merci à Isa pour m'avoir envoyé cette perle !

Nada Surf, Le Showcase, 20 février 2008.


Quinze jours après la sortie de leur nouvel album « lucky », le trio new-yorkais Nada Surf, est déjà sur le pied de guerre prêt à défendre ce nouvel opus sur les scènes européennes. Le premier concert français de cette nouvelle tournée a donc eu lieu mercredi soir au Showcase.

Situé dans le huitième arrondissement, le Showcase est une salle chic et classe, une des plus belles de la capitale. Dès la sortie du métro on est en pleine carte postale, l’hôtel des Invalides, le Grand Palais, la Tour Eiffel qui à la nuit tombée scintille de mille feux et le pont Alexandre III, sous lequel se trouve le Showcase. En effet, le Showcase est située sous le pont, sur les quais. La salle est toute en longueur séparée en deux par des arcades. Les murs sont en pierre blanche. A gauche des arcades se trouve le bar, un espace lounge agrémenté de tables basses, de fauteuils et de canapés noirs et d’un baby-foot. La vue sur la Seine est époustouflante (pendant le concert, les lumières des bateaux mouches, se reflètent sur les murs) grâce à l’immense baie vitrée, décorée avec de lourds rideaux en velours rouge/bordeaux. A droite des arcades, on trouve la salle de concert à proprement parler, la scène et une fosse, de forme rectangulaire, un peu comme un grand couloir. Comme vous pouvez le voir, pour leur retour sur une scène française, les Nada Surf ont de la chance de pouvoir jouer dans un endroit aussi beau. En fait le problème du Showcase, c’est surtout l’état d’esprit qui y règne. Situé dans les beaux quartiers, l’endroit est majoritairement fréquenté par une clientèle plus bourgeoise que bohème. Le week-end, l’endroit devient une boite de nuit tendance bobo/chic dans laquelle il n’est pas aisé de rentrer, physionomiste à l’appui. Mais ce soir il s’agit d’un concert donc on devrait pouvoir éviter ces désagréments, même si quelques spécimens bobo sont tout de même présents, on se demande bien pourquoi (ils n’en ont rien à battre du groupe) ?

Bref, voilà pour l'ambiance, parlons maintenant de musique. Et sur ce point là, les Nada Surf, n’ont rien à craindre de personne. J’estime personnellement qu’il s’agit d’un des tout meilleurs groupes de rock sur scène à l’heure actuelle. Avec l’aide ce soir d’un clavier d’appoint, un texan dénommé Louis, le trio a démarré sur les chapeaux de roues avec l’excellent disco/pop/rock « Hi Speed soul ». Daniel, le bassiste casquette Gavroche et dreadlocks en vrac, et Ira, le batteur, donnent une assise rythmique impeccable très rock mais tendant parfois vers la disco. En résumé, solide et donnant des fourmis dans les jambes. Matthew, le chanteur guitariste, se colle là-dessus avec une grande maîtrise mélodique. Quand au clavier, son apport est essentiel et apporte une touche plus mélancolique, bienvenue sur les titres les plus lents. L’album « Let go », à mon avis leur meilleur disque, est particulièrement bien représenté (« hi-speed soul », « fruit fly », « killian’s red », « paper boats », « blonde on blonde », « inside of love »…). Quant au dernier album seront joués « See these bones », « Whose authority », « I like what you say » et « Ice on the wing ». Sinon j’ai beaucoup aimé « 80 windows », « What is your secret ?» et le medley « Stalemate/Love will tear us apart » (reprise de la Joy Division). Ajoutez à cela le fait que Matthew et Daniel, s’adressent à la foule dans un français parfait, sans aucun accent, ce qui crée un lien unique entre le groupe et son public et il n’en faut guère plus pour passer une excellente soirée pop/rock.

http://www.nadasurf.com/

lundi 18 février 2008

Shake Your Hips ! FNAC Montparnasse, 16 février 2008.







Oui, je sais, la FNAC, c’est des magasins de baltringues. Ca vaut pourtant parfois le coup d’y faire un petit détour. Samedi dernier par exemple, j’ai découvert un excellent groupe de blues-rock français, Shake Your Hips !, qui se donnait en showcase au magasin de Montparnasse. Ce fut une véritable révélation que ce quintet francilien. Le groupe se compose du guitariste Olivier Raymond, de l’harmoniciste Jean-Marc Hénaux, du bassiste Daniel Boissinot, du batteur Olivier Ferrié et enfin du chanteur Freddy Miller. Un personnage celui-là, un physique de pilier du quinze de France, sapé comme un porte-flingue tout droit sorti des Sopranos et le regard « le premier qui déconne, c’est une tarte dans la gueule » ; aussi je fais attention à ce que j’écris, car j’ai peur de m’en prendre une. Mais Freddy Miller, c’est aussi, et avant tout, une Voix, un extraordinaire blues-shouter. Les musiciens sont tous excellents et le groupe joue soudé, compact. Daniel, le bassiste, à l’air un peu rognon mais connaît son affaire et a visiblement roulé sa bosse. Olivier le batteur, joue puissant mais possède une certaine finesse et un sens du groove certain. Jean-Marc à l’harmonica se lance dans des solos inspirés et le deuxième Olivier le guitariste, tient la baraque avec brio et joue avec un gros son (Les Paul, Stratocaster ou un superbe dobro électrique), Chicago-style. Les Shake Your Hips ne sont pas des chiens, généreux avec le public, leur showcase dure une heure et demie (jamais vu ça avant dans une Fnac) et c’est donc un véritable concert. Je surveille du coin de l’œil la pile de CD qui baisse dangereusement (en même temps tant mieux pour eux qui le méritent bien), car il est bien évidemment hors de question que je rentre chez moi sans cette pépite. Des sacrés clients que ces Shake Your Hips ! à surveiller de près et surtout à découvrir de toute urgence.

dimanche 17 février 2008

Neil Young, le grand rex, 15 février 2008.






Le retour d’une idole. Ex fans des sixties, Neil Young, survivant de Woodstock est de retour en ville pour deux soirs (archi-complets) au Grand Rex. Sa carrière a débutée dans le folk hippie du groupe Buffalo Springfield à la fin des années 60 puis s’est continuée en solo et avec Crosby, Stills & Nash. Au mitan des années 70, Neil a retrouvé une forme d’inspiration chez les punks et a donné dans la sauvagerie électrique avec son groupe Crazy Horse. Il est l’un des papes spirituels du mouvement grunge des 90s et a probablement inspiré Nirvana lorsque ces derniers ont enregistré leur concert MTV unplugged. Enfin, Neil a retrouvé la forme ces derniers temps, en l’espace de 12 mois, il a sorti trois albums remarquables, un live avec Crazy Horse enregistré au Fillmore East en 1970, un autre album live at Massey Hall en solo acoustique de 1971 et enfin un nouvel album studio « Chrome Dreams II » qui résonne aussi bien que ses chefs d’œuvres des années 1970. J’avais raté le dernier passage parisien de Neil (au palais des congrès), aussi, c’est la première fois que le vois depuis 2001. Le world trade center était encore debout, c’est dire si il s’est passé des choses depuis… C’est dire aussi mon impatience…



Moi qui avais vu Neil Young deux fois à Bercy, je suis particulièrement heureux de le voir ce soir dans le cadre plus intimiste du Grand Rex. La première partie est assurée par son épouse Pegi Young, excellente dans un registre country-folk. Avant son arrivée sur scène, une voix off nous met dans l’ambiance : « Les chansons interprétées ce soir ayant déjà été choisies par Neil Young, aucune demande ne sera accordée ». Voilà qui a le mérite d’être clair, voilà aussi de quoi alimenter sa réputation légendaire, il est paraît-il aussi aimable qu’une porte de prison et a un caractère de cochon. Bref. Vêtu d’un costume crème et d’une chemise blanche, le Maître fait son entrée sur scène et s’installe sur une chaise au milieu de ses guitares folk et banjos disposées en arc de cercle. Et c’est parti pour un premier set acoustique d’une heure faisant la part belle aux albums « Harvest » et « After the goldrush » (deux des chefs-d’œuvres des années 1970 susmentionnés). « The Needle and the damage done », « From Hank to Hendrix », « Heart of Gold »… L’auteur de ces lignes en a des frissons le long de la colonne vertébrale… Entre les morceaux, Neil semble un peu perdu sur scène, ne sachant quoi faire (il me semble pourtant que les chansons étaient déjà choisies) avant de se déplacer lentement vers l’un des deux pianos et de jouer «A man needs a maid ». Au bout d’une heure, Neil se lève et salue la foule. Mon cœur s’arrête de battre. C’est déjà fini ? Non ce n’est pas possible ! Notre amie la voix-off nous rassure aussitôt, il s’agit d’un entracte de vingt minutes.

A son retour sur scène Neil est accompagné de Rick Rosas à la basse, Ben Keith à la guitare et la lap-steel et du batteur du Crazy Horse, Ralph Molina. La Gretsh prête pour la bataille Neil se lance alors dans un set électrique et sauvage sur les accords de « Mr Soul » et d’enchainer sur « Don’t cry no tears ». J’ai également beaucoup aimé « Oh Lonesome me » et la très rare « Bad fog of Loneliness ». Très bel hommage également a été rendu au guitariste Danny Whitten avec "Winterlong" (qui a été en son temps magnifiquement reprise par les Pixies). Le son est énorme, et Neil semble galvanisé par l’électricité qui lui donne un bon coup de fouet. Ah la riff rageur de « Dirty Old Man ». J’ai par contre été un peu déçu par « No hidden path », extraite du nouvel album, dans une version interminable et, osons le mot, chiante comme la pluie d’environ 20 minutes. Une version fleuve, beaucoup, beaucoup trop longue. Heureusement les rappels nous réconcilient aussitôt avec le Maître, « Cinnamon Girl » et « Rockin in the free world ». La foule est en liesse, hurle à tout rompre et refuse de quitter la salle. Neil revient une dernière fois pour un instrumental. Et voilà, nous sommes dans un monde libre et nous écoutons du rock. Et moi sur ces bonnes paroles, je vais me coucher. Bonne nuit mes biens chers frères, mes biens chères sœurs.

http://www.neilyoung.com/

lundi 11 février 2008

Nada Surf : Lucky


Vous vous souvenez, la « chanson sarcastique » ? C’était en 1996 et Nada Surf commençait son parcours avec son plus gros tube « Popular ». Depuis, le trio New Yorkais, s’est débattu dans d’interminables batailles avec son label et a un peu été oublié des radios. C’est bien dommage car ils ont sortis depuis 4 excellents albums (plus un disque live à Bruxelles). Et puis Nada Surf, c’est aussi une relation particulière avec la France (à Paris, les concerts sont toujours complets), Daniel, le bassiste et Matthew, le chanteur/guitariste, sont tous deux francophones et parlent français aussi bien que vous et moi. Nada Surf, c’est quelque part le plus français des groupes américains qui a, de plus, la gentillesse de régulièrement nous gratifier d’une chanson dans la langue de Molière (« là pour ça », « je t’attendais »). C’est aussi un terrible groupe de rock sur scène. Généreux avec le public. J’ai eu la chance de les voir quatre fois (la cinquième est pour bientôt au Showcase) et je n’ai jamais été déçu.

C’est donc avec plaisir que j’ai acheté, la semaine dernière, « Lucky » le nouvel opus du groupe qui vient de sortir. Comme d’habitude, la galette est de qualité, le savoir-faire mélodique du groupe est évident. Les arrangements sont très travaillés avec des cuivres (c’est une première), les cordes et les claviers me semblent avoir pris un peu plus d’importance cette fois-ci. Et toujours cette note subtile entre mélancolie et joie qui sied si bien à la voix de Matthew. Les deux facettes du groupe sont bien présentes tantôt pop/rock à coup de riffs de guitares imparables et parfois sur un registre plus acoustique, plus intime. Nada Surf, c’est un groupe d’artisans au sens noble du terme. Qui, patiemment, taille la pierre et confectionne de parfaits petits bijoux pop. De la belle ouvrage. Félicitations Messieurs.

N.B. : Comme d’habitude, l’album est proposé avec un disque bonus et quatre titres, deux inédits et deux versions acoustiques.
http://www.nadasurf.com/

vendredi 8 février 2008

The Smashing Pumpkins, Palais Omnisport de Paris Bercy, 6 février 2008.



C’était le jeudi 19 octobre 2000 sur cette même scène du palais omnisport de Paris-Bercy. Après un concert particulièrement calamiteux qui avait déçu beaucoup de monde, les Smashing Pumpkins de Chicago faisaient leurs adieux au public français. Depuis l’an 2000, Billy Corgan, le leader du groupe, a beaucoup tâtonné. Il y eu tout d’abord son nouveau groupe Zwan, projet quasi mort-né, auteur d’un unique album pas forcément désagréable mais dispensable car parfois indigeste. Il y eu ensuite « The future embrace », le premier (et à ce jour unique) album solo de Corgan, album sympathique mais assez ampoulé. Tout ceci pour en arriver à ce postulat tout simple : le temps passe. Les modes aussi. Débordé par toute une nouvelle génération de groupes, plus rock n’roll et moins métal, le son Smashing Pumpkins a vieilli. Et Corgan de se retrouver, fort marri, en voie de ringardisation avancée. A défaut de pouvoir reformer son groupe, Corgan n’a jamais été réputé pour son bon caractère, il est, d’après la légende, complètement taré, poursuit une analyse, même en tournée, qui dure depuis des années, il paraît que sa psy ne le quitte jamais d’une semelle (bien entendu, il ne faut pas prendre tout ceci pour argent comptant, et je suis bien incapable de démêler le vrai du faux). Bref à défaut de reformer le groupe, il est paraît-il fâché à mort avec le guitariste James Iha et la bassiste D’Arcy Wretzky, il a repris le nom Smashing Pumpkins à son compte et avec l’aide du batteur original Jimmy Chamberlin a enregistré le nouvel album, Zeitgeist (l’air du temps en allemand), à quatre mains. Le son Pumpkins doit beaucoup à ce batteur. C’est bien simple, quand ce bon vieux Jimmy est derrière les fûts, Corgan rocke. Sans lui, il a tendance à se perdre en programmation de boîtes à rythmes. Ce qui ne m’empêche pas de penser que le meilleur album des Pumpkins, « Adore », a été enregistré sans Chamberlin (alors en pleine cure de désintox). Je ne suis pas particulièrement fan de Jimmy Chamberlin, il est certes très technique et même impressionnant, mais je trouve qu’il joue trop en puissance brute sans vrai feeling. Enfin bon, pour résumer, j’estime que une demi-citrouille (pumpkin) ce n’est pas vraiment les Smashing Pumpkins.


Vu des gradins, la vue est étonnante, une litanie de crânes qui se dégarnissent, comme on l’a vu plus tôt, le temps passe… Entouré par trois inconnus, le guitariste Jeff Schroeder, la bassiste Ginger Reyes et la clavieriste Lisa, le duo a donc égrené pendant plus de deux heures et demi, son répertoire, les vieux tubes et d’autres titres plus obscurs (« My blue heaven », une face B). Le premier titre joué ce soir, Porcelina, nous rappelle cette vérité fondamentale, que le dernier album a tendance à nous faire oublier, les Smashing sont aussi un formidable groupe psychédélique. Le concert fût, à l’image des Pumpkins, des plus variés. J’ai beaucoup apprécié les versions acoustiques de « 1979 » (Billy seul à la guitare folk) et de « Perfect » (Billy à l’acoustique et Jimmy au tambourin). Ce fût un vrai plaisir de réentendre « Try, try, try » ; « Stand inside your love » ; « Today » ; « Bullet with butterfly wings » (aussi rageur qu’au premier jour). Il y eu aussi des surprises et des titres inédits. Par contre, je trouve que les deux compères ont un peu forcé la dose sur « United States », ce titre qui entretien une parenté lointaine avec le « Whole Lotta Love » de Led Zeppelin, dans une version trop longue et un solo de guitare interminable, la version du disque est nettement meilleure. Au final, ce fut un très bon concert, et il y a une bonne raison pour cela, contrairement à celui de 2000, Billy n’expérimente plus à tort et à travers avec ses chansons. Toute la différence est là.

http://www.smashingpumpkins.com/

mardi 5 février 2008

Steve Earle, la Java, 5 février 2008.


Steve Earle est un sacré personnage. Il a commencé son parcours musical par la country avant d’électrifier ses guitares et de hausser sérieusement le ton vers des sonorités plus rock. Sur un autre registre, il a longtemps été accro à différentes drogues et au cœur d’histoires sordides d’adultère qui lui ont valu une balle dans la poitrine. Au début des années 90, son addiction prend de telles proportions qu’il a été viré de sa maison de disques et est devenu sans domicile fixe errant dans Nashville. C’est à ce moment qu’il a été arrêté par la police en possession de stupéfiants et embastillé. C’est peut-être ce qui lui a sauvé la vie. Sevré en prison, « Cold Turkey » de force, jeté « on the wagon » que cela lui plaise ou non. A sa sortie, Earle est un homme neuf, concentré sur la musique qui remet les pendules à l’heure avec un album remarquable « I feel alright ». Croyez le, ce type là quand il chante « My old friend the blues » où « Cocaine cannot kill my pain » il sait de quoi il parle. Depuis sa sortie de prison, il est aussi un militant acharné contre la peine de mort, la guerre en Irak et plus généralement contre la politique de Monsieur George Walker Bush.

Ce soir, Steve Earle est en concert à la Java, une salle en sous-sol et lieu mythique s’il en est, qui a vu débuté Edith Piaf et Django Reinhardt. De fait, le lieu respire le vieux Paris tel qu’il peint sur les murs de la salle. Un vieux bar avec un comptoir en bois, des colonnes sur la gauche. Le sigle « la java » écrit en carrelage rouge sur le sol quand on arrive. La Java, c’est la survivance d’un Paris qui, hélas, n’existe plus. Steve Earle est accompagné ce soir de sa nouvelle femme (c’est la sixième paraît-il) la chanteuse country Allison Moorer qui assure, en solo, une agréable première partie. Vers les 22 heures, Steve Earle commence son set acoustique avec son harmonica autour du cou. Excellent concert folk, tantôt blues à la guitare Nationale, j’adore le son de cette guitare en métal, tantôt country au banjo et à la mandoline. Vers le milieu du show, un DJ fait son apparition et donne une note plus urbaine (est-ce un effet secondaire de sa récente installation à New York ?) à l’aide de boîtes à rythmes et de scratches pour rythmer l’ensemble. L’amalgame détonne un peu, sans être forcément désagréable, mais il me semble qu’un percussionniste aurait aussi bien fait l’affaire. Mais bon c’est quand même un chance d’avoir pu voir en live Steve Earle (pour moi c’est la deuxième fois) qui, au lieu d’être un mythe vivant, aurait facilement pu rajouter son nom à la longue litanie des trop tôt disparus. Respect.

dimanche 3 février 2008

Paris 70’s


Une photo en noir et blanc, certifiée d’époque, d’un jeune chevelu jouant de la guitare folk sur les quais de la Seine. Vous me connaissez suffisamment assez maintenant pour savoir qu’il n’en faut guère plus pour retenir mon attention. La couverture que je viens de vous décrire, c’est celle du livre Paris 70’s. Les deux auteurs, Pierre Cavillon et Jean-Louis Celati, ont compilé dans ce livre, année par année, des articles d’époque de différents quotidiens. Un travail de fourmi. Si l’accent n’est pas particulièrement mis sur la musique, plusieurs textes traitent du sujet qui nous intéresse. On commence par l’installation des hippies sur les quais de la Seine et sur le parvis de Notre-Dame et on termine par les différents lieux de la punkomania parisienne. Et entre-temps, on s’arrête sur les fesses de Michel Polnareff, le passage des Rolling Stones au Palais des Sports en 1970 et aux abattoirs (l’emplacement actuel du Zénith) en 1976. A noter également la déclaration d’amour d’Alain Pacadis au Palace, haut lieu de la nuit parisienne, boîte et salle de concert, aujourd’hui fermé. Richement illustré de photos d’époque, cet ouvrage vous replonge immédiatement dans le Paris de l’époque. Peace, Brothers & Sisters !

Editions parigramme, 252 pages, 29 euros.
http://www.parigramme.com/