dimanche 19 novembre 2017

Jo Wedin & Jean Felzine : « Pique-Nique »



Plume alerte, crooner né et guitariste incisif, Jean Felzine est un talent caché de France, comme on a pu s'en rendre compte au sein de son groupe Mustang. Le voici de retour avec ce nouveau projet en duo avec Jo Wedin, une chanteuse suédoise croisée il y a une dizaine d'années et avec laquelle il avait déjà sorti un EP en 2015. Visiblement inspiré par le rock n'roll, Jean Felzine a gardé des années 50/60 une certaine idée de la classe et de l'élégance. Pourtant, aucunement question pour l'artiste de refaire ce qui existe déjà (en mieux) ou de se lancer dans la course au « vintage ». Chez lui, les roucoulades surf de la guitare (« Femme de chambre ») sont mises au service d'un répertoire pop, intemporel et chanté en français (« Idiot »). Le duo formé avec la chanteuse Jo Wedin tourne à plein régime sur ce premier disque, chacun incarnant la face opposée des relations amoureuses. Ainsi, derrière son aspect bravache de prime abord (« Chanter, baiser, boire et manger »), la plume tenue par le duo se révèle assez sombre (« Nez, lèvres et menton », "Un jour de plus, un jour de moins"). Un album luxuriant, varié, rempli de chœurs, d'accroches irrésistibles de guitares, de mélodies et de refrains à reprendre à tue-tête (« Je t'aurai »), dressant un catalogue pop idéal du ska, de la disco, du rock ou de la blue-eyed soul (magnifique reprise du « After laughter » de la regrettée Wendy René).
En concert le 13/12 à Paris (le divan du monde)


samedi 18 novembre 2017

Zombie Zombie : « Livity »



Halte là ! Arrêtez tout, Zombie Zombie est de retour ! Et, logiquement, cela devrait faire du boucan. Les choses ont bien changé depuis que l'on avait quitté le double Zombie, un duo à l'époque, l'été 2016. Le groupe est devenu un trio avec l'adjonction d'une batterie qui leur apporte cette dynamique live, voire même rock, qui leur faisait un peu défaut jusqu'ici. Leur expérience sur la BO d' « Irréprochable », sorti l'été 2016, a visiblement laissé des traces sur ce nouvel album, particulièrement cinématographique. Ainsi, ce nouveau disque est alambiqué au possible : les structures sont complexes, les titres s'étirent largement au-delà des cinq minutes, dans cet espace crucial, où les groupes partent à l'aventure s'éloignant des diktats imposés par les radios. Pourtant, mené par le nouveau batteur, le groupe évite tout risque de dispersion. Les couches de sons, de synthés, se rajoutent les unes aux autres, atteignant une espèce de transe, où la tension va crescendo, évoquant la bande-originale, complètement barrée, d'un film imaginaire entre science-fiction, horreur et fantastique (normal avec un patronyme pareil!) On pense au beaucoup au grand écran à l'écoute de ce nouveau disque qui évoque à la fois les BO de John Carpenter (« Livity ») ou le mélange électro/cold wave (« Loose ») tel que le pratique Arnaud Rebotini sur ses multiples projets. Enfin, un petit mot pour finir sur la magnifique pochette, la touche finale de cette éclatante réussite.
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Dirty Work of Soul Brothers : « Girls' Ashes »



Sur cette page, nous avons souvent l'occasion de nous enthousiasmer pour un énième groupe garage rock n'roll, et le merveilleux grain 60s des guitares parfaitement reproduit. Mais depuis combien de temps n'avons-nous pas écouté un groupe vraiment innovant à l'écart des sentiers battus ? Force est de constater que, si, en bons fans du genre, nous avons été plutôt gâtés, ces derniers temps, beaucoup de groupes sont loin d'égaler les standards du genre gravés il y a fort longtemps dans les sixties par les Seeds et autres Sonics. Les membres des Dirty Works of Soul Brothers sont-ils arrivés à la même conclusion que nous ? En tout cas leur réponse se tient dans cet impensable et complètement fou deuxième album : un disque de pur garage rock sans la moindre note de guitare ! Il faut tenter d'imaginer la chose : deux claviers et une batterie courent l'échalote pour un résultat à la fois fidèle à la tradition, le groupe n'utilise que du matériel analogique des années 70 et 80 (synthés, orgues, claviers) et qui n'hésite pourtant pas à trahir les canons de cette dernière pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Le résultat sonne comme du Kraftwerk électrocuté, les deux mains coincées dans la prise électrique. Une sorte de rock progressif et psychédélique dynamité par une énergie venue du punk. L'écho porté sur la voix drape l'ensemble d'un voile mystérieux et spatial à l'avenant des structures alambiquées venues du rock progressif (« I don't », la très dark « Mesmerize », "Toxicide") avant que la machine ne s'emballe dans une jouissive explosion de décibels (« So long », « All the days », « Maria Station ») ; finalement pas très loin dans l'esprit de Suicide s'appropriant le rockabilly. Un trio de cuivres (trombone, cor et trompettes) intervient sur deux titres, histoire de renforcer le groove de la chose. De quoi nous faire craquer encore un peu plus sur cet album, le plus dingue de cet automne. Quelle magnifique trouvaille que ce groupe !

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mardi 14 novembre 2017

Ëda



Deux grains de beauté symétriques, qui prennent la forme d'un tréma rajouté sur la première lettre de ses initiales, comme un symbole de la dualité culturelle. Deux petits points qui résume la trajectoire artistique d'Ëda, aka Eléonore Diaz Arbelaez, qui a grandi entre deux cultures, la France d'un côté, la Colombie de l'autre. Dès lors, rien d'étonnant à ce que l'artiste navigue constamment entre deux eaux. Sur ce premier EP, on retrouve à la fois la chaleur organique de la contrebasse (cf. « Paso, paso »), le swing exotique des percussions (« Manicomio »), mélangées à des sonorités électro-pop concoctées par Anthony Winzenrieth (Flawd). Chanté en espagnol, le disque réinvente ainsi la musique latine, lui donnant des airs psychédéliques modernes à l'image de sa pochette bigarée. Un beau voyage en sons.
En concert (Release Party) le 14/12 à Paris (FGO-Barbara)
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lundi 13 novembre 2017

We are the line : « Through The Crack »



L'autre jour, lors d'une de mes pérégrinations nocturnes, en route vers un concert tardif, on me présente un mec et la discussion s'engage :

- Tu aimes Nine Inch Nails ?

- Moi : Oui, beaucoup

- Depeche Mode ?

- Beaucoup également. Depuis longtemps.

- Bon je te passe le cd de mon groupe alors…

We are the line…

Il semblerait donc que nous soyons en présence d'une ligne. Celle, imaginaire, reliant les années 80 et le futur, l'ombre et la lumière. Passée l'intro instrumentale vaporeuse de « Through the crack », la machine s'emballe brutalement, dans une magnifique transition, et les choses sérieuses débutent avec « A Cold Place » qui, effectivement, rappelle DM. En particulier cette électro sombre et minimale telle que les Anglais la pratiquait à l'époque d' « Exciter », il y a une bonne quinzaine d'années de cela. Mais réduire le groupe parisien a une succédané depeche modesque serait bien trop réducteur. La ligne excelle dans ces ambiances froides, teintées de mystère (« Our last sight ») et ménage ses effets avec ingéniosité. Le disque est particulièrement bien équilibré. Chaque élément est à sa place ni plus, ni moins. La chose peut paraître paradoxale, mais en évitant de trop charger la production, le groupe redonne toute sa place au silence. « Through the crack » est donc un disque où on respire et où l'imagination de l'auditeur travaille parce qu'il y a justement de l'espace pour. Et ça fait du bien. L'EP est suffisamment soigné pour penser que le disque est le fruit d'une longue maturation. Pourtant la proposition musicale manque encore un peu de personnalité et l'influence de DM plane un peu trop au-dessus de ces cinq titres (au niveau du chant notamment). Ne manque plus qu'au groupe de s'éloigner de cette ombre envahissante pour exploiter pleinement son potentiel. Néanmoins, ces 20 minutes inaugurales sont une belle promesse pour l'avenir. On attend la suite avec curiosité et impatience…

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dimanche 12 novembre 2017

Tania Stavreva : « Rhythmic Movement »



Une musicienne et son piano. Sur le papier l'équation paraît simple et pourtant… Plus encore que son piano, c'est sa personnalité que nous donne à écouter Tania Stavreva sur cet ébouriffant album. Et cette dernière est beaucoup plus riche que le simple postulat de départ pouvait le laisser imaginer. Sur les 14 plages composant le disque, la musicienne fait véritablement corps avec son instrument en tirant des sons parfois incroyablement puissants mais aussi, à l'inverse, d'une infinie délicatesse. Il faut ainsi, en plusieurs occasions, véritablement tendre l'oreille pour saisir toute la richesse de la musique. On se prend ainsi à rêver, imaginant la musicienne effleurant les touches d'ivoire dans un geste délicatement féminin (« White Lies for Lomax »). Comme le titre l'indique, tout est ici affaire de rythme, échevelé ou alangui, mais toujours juste et qui redonne sa juste place au silence qui semble habiller les compositions leur donnant ainsi une profondeur faisant bien souvent défaut aux productions contemporaines (l'inquiétante « The Dark Side of the Sun »). Piochant dans le répertoire de trois continents différents, notre vieille Europe (centrale ou de l'est), l'Amérique Latine ou du Nord, la New-Yorkaise nous livre un disque extrêmement riche, inventif, fort d'une multitude de dimensions différentes à la fois classique et légèrement rétro mais aussi mu par une dynamique tout à fait contemporaine. Existe-t-il une touche du piano qui n'ai été jouée par la musicienne sur ce disque ? On n'ose imaginer les heures de dur labeur et de répétitions pour arriver à un tel résultat. On espère la voir un jour sur scène…

Disponible sur le site de l'artiste et sur cd baby


samedi 11 novembre 2017

The Amazing Keystone Big Band : « Django extended »



Big Band, à géométrie variable, composé de 17 musiciens, The Amazing Keystone Big Band fait régulièrement le lien entre classique et jazz ce qui a donné ces dernières d'étonnantes relectures des œuvres de Prokofiev (« Pierre et le loup et le jazz ») ou Camille Saint-Saens (« Le carnaval jazz des animaux »). C'est d'ailleurs lors d'une représentation de ce dernier projet, au Parc Floral en Août 2016, que l'on avait eu vent pour la première fois de ce nouveau projet autour de l’œuvre de Django Reinhardt. Le grand mérite de ce nouvel album est de propulser la musique du guitariste manouche dans une autre dimension, celle du big band et des cuivres. Qui dit jazz manouche dit guitare (forcément!), violon, contrebasse ; un jazz sec et nerveux, souvent ultra-rapide. Bien loin de la luxuriance d'un groupe étendu et de la puissance dégagée par ses vents. Ainsi l'album se révèle très varié, nous réserve quelques belles parties d'une guitare virtuose (cf. « Djangology ») Thomas Dutronc est de la partie, et quelques moments down-tempo (« Troublant Boléro ») ; la version proposée du tube « Nuages » proposant une belle synthèse de la démarche du groupe, des cuivres totalement free prenant le relais d'un violon attendu (et joué pour l'occasion par Didier Lockwood). Et puis, sur une grande partie du disque, les instruments à cordes typiques du jazz manouche sont totalement absents propulsant les compositions archi-connues et rabâchées (« Minor Swing ») dans un territoire totalement inconnu. A noter enfin « Rythme Futur », une composition assez obscure du guitariste exhumée pour l'occasion et livrée dans une version abstraite et baroque. 

En concert à Paris (Salle Pleyel) le 10 mars 2018.
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lundi 6 novembre 2017

Lonny Montem et Guillaume Charret : « Tara »



Pour le nouvel épisode de ses aventures Lonny Montem s'est accoquinée avec Guillaume Charret (Yules). Le duo s'est échappé à Tara, une maison de campagne pour y enregistrer les sept titres de ce copieux EP, quasiment un album. En totale communion avec la Nature (cf. « Woman now ») le duo accouche d'un disque délicat, mélodique et boisé, entretenant un climat propice à la rêverie. On se laisse bercer par les arpèges délicats de la guitare et on se prend à rêver. On imagine un coin, un peu paumé, encadré par les arbres et les herbes hautes, de la rocaille blanche poussiéreuse et beaucoup de verdure. Dans ce contexte, la voix de Lonny trouve son habitat naturel, légère comme une plume (cf. les chuchotements de « Burning bridges »), où pointe une note gutturale, utilisée à bon escient lorsque l'intensité monte (cf. « Please, look after me ») et que les cordes de la guitare folk se font marteler un peu plus violemment. Pensés avec soin, les arrangements baroques (glockenspiel, melodica, body rhythm, les mystérieuses « furniture from the house ») entretiennent cette sensation de légèreté onirique alors que le banjo et le violon apportent un contrepoint country mélancolique beaucoup plus terre à terre, permettant à l'ensemble de trouver son délicat équilibre. Enfin les deux reprises chipées chez James Taylor (« You can close your eyes ») et Paul Simon (« Old friends ») rappellent l'ancrage seventies de la chose, où les voix de deux protagonistes s'emboîtent merveilleusement, touchant du bout des doigts une sorte de perfection vocale. L'auditeur est touché en plein cœur. 

En concert à Paris le 29/11 (L'International).


dimanche 5 novembre 2017

Gary Numan : « Savage : songs from a broken world»



Vingt-deuxième album pour Gary Numan ! Le vétéran de la scène industrielle est de retour avec un nouvel effort écrit au moment où Donald Trump était élu. Le Président des Etats-Unis et, surtout, son discours climato-sceptique a eu une grande influence sur l'artiste. Visiblement tourneboulé, Numan en a sorti un album dystopique, décrivant une planète devenue un désert de sable, où, sans la technologie tombée en désuétude, l'homme revient à sa nature primale, l'eau devenant dans ce contexte apocalyptique le bien le plus précieux. Force est de constater que Numan a parfaitement mis ses angoisses en musiques en un album nerveux et tendu évoluant sur le fil du rasoir. Les synthés traduisant parfaitement cette sensation de fin du monde («The end of things », « And it all began with you », "Mercy") alors que les guitares laissent exploser toute la violence sous-jacente et contenue en de brusques montées de décibels (cf « When the world comes apart »). Nine Inch Nails n'est jamais bien loin (comme d'habitude). Mais le plus impressionnant reste la voix étranglée de Numan qui laisse transparaître tout le désarroi qui est le sien (cf. « My name is ruin »). Ainsi, l'album ressemble à une crise d'angoisse qui va crescendo jusqu'à l'explosion finale. George Miller (« Mad Max ») tirerait probablement un chef d’œuvre de cet album particulièrement cinématographique. Numan est comme le bon vin, il vieillit plutôt (très) bien. Cette nouvelle réussite en est la preuve éclatante.
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samedi 4 novembre 2017

JD McPherson : « Undivided heart and soul »



Apparu sur les radars en 2010, JD McPherson, s'impose, album après album, comme un des plus précieux songwriter de son époque. Ce nouveau disque, le troisième, voit le natif de l'Oklahoma franchir un nouveau cap. Cet album a été enregistré dans des conditions particulières à Nashville (son nouveau lieu de résidence) au légendaire Studio B de RCA, fréquenté jadis par Dolly Parton ou Elvis en personne. Le lieu étant un musée durant la journée, l'intégralité de l'album a été enregistré de nuit et cela s'entend. Dès les premières notes de « Desperate love », l'auditeur tombe dans une faille temporelle, là où brillent les phares d'énormes Cadillacs chromées, toutes droites sorties des années 50. Nashville oblige, le disque respire le terroir et la tradition country et rock n'roll des années 50 matinées d'influences pop (« Hunting for sugar », « On the lips ») que l'on jurerait inédites depuis l'époque. Mais réduire le disque à une série de clichés sortis des années 1950 serait une profonde erreur tant la dynamique qui anime l'ensemble semble contemporaine. Ainsi la rugosité des guitares est mise au service d'un répertoire influencé par des choses beaucoup plus récentes (« On the lips », « Style (is a loosing game ) »). En enregistrant à Nashville, McPherson a probablement réalisé un rêve de gosse. Mais le plus beau est qu'il ait réussi a élever son niveau d'écriture à ce cadre exceptionnel. Résultat le disque aligne les perles les unes après les autres (« Lucky penny », « Undivided heart and soul », « Bloodhound rock »…) comme à la parade. Ni rétro, ni passéiste, juste intemporel et c'est énorme. Le changement d'air lui a fait du bien. On attend avec impatience la déclinaison scénique de l'album ! 



mercredi 1 novembre 2017

Date with Elvis, Silencio, 31 octobre 2017.


Pour sa première date parisienne de la tournée, dans le cadre intime du Silencio (de moins en moins à la hauteur de sa réputation (cf. le plafond qui se casse la gueule, les marches qui s'effritent, le sol tout abîmé) les Marseillais Date with Elvis ont laissé une impression plutôt mitigée. On avait adoré l'album (cf. la chronique) on est plus circonspect sur la déclinaison scénique de ce dernier. Le duo a donné l'impression tout le set de se débattre avec son répertoire. Erreurs de manipulation du clavier, accélération subite du tempo entraînant un décalage, chant pas toujours maîtrisé, le duo a semblé improviser avec les difficultés toute la soirée sans jamais donner l'impression de se départir de cette sensation de sourdine qui a enrobé la musique. Et pourtant le potentiel est là, l'univers du groupe et cette confrontation entre claviers cold wave et guitare blues et roots est passionnante à écouter. Aussi, le concert fût brillant mais par intermittence seulement. Le tout dans le cadre relativement froid du fameux club privé où se croise la hype venue de tous les horizons.

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lundi 30 octobre 2017

Martha Reich : « The River »



Le titre évoque un vieil album de Bruce Springsteen. Mais les comparaisons s'arrêtent ici, Martha Reich évoluant sur un terrain bien différent de celui du boss. Aucune guitare, suffisamment rare pour être souligné en matière d'americana, mais un piano et un violon mélancoliques tissant une toile automnale sur laquelle se pose, comme une feuille morte, la voix éthérée de la chanteuse. Une chanson de saison en somme…

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dimanche 29 octobre 2017

Hoboken Division : « The mesmerizing mix up of the diligent John Henry »



De tout temps une confusion a existé entre rock et blues, comme si la moindre note slidée ou la plus petite partie jouée ternaire suffisait à rendre la musique « bleue ». Le blues, Hoboken Division, devenu un trio avec ce deuxième album, le connaît, ne serait-ce que pour avoir grandi dans l'est de la France au milieu d'usines désaffectées. Ce nouvel album voit le groupe s'ancrer un peu plus profondément dans le blues mais aussi, plus généralement, dans le paysage des musiques raciniennes (cf. les échos country qui viennent hanter « 436 Procter Steet », le gospelisant « Oh lo' no mo' » ). Et pourtant Hoboken Division reste en dépit de tout un sacré groupe de rock n'roll (cf. les guitares rageuses de « Howlin' », vous êtes prévenus, tout est dans le titre). Oui, de rock n'roll (la précision est d'importance et il ne faut pas confondre avec ce que l'on appelle « le rock ») et dont l'écho se fait sentir dans la fureur qui habite le groupe. Ce fragile équilibre sur lequel repose le trio n'est pas sans rappeler les productions du label Fat Possum ("Lazy") et, dans ses meilleurs moments, la transe n'est jamais bien loin (la bien nommée « Boiling Up » toute en colère rentrée, la dérive psyché en eaux troubles de « Cold water »). Intense et habité, ce nouvel effort, leur meilleur à ce jour, voit le groupe passer une nouvelle étape d'importance. Pourvu que cela dure…

Sortie le 10 novembre 2017.

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Crowdfunding Teleferik

(c) Alca Luto


Teleferik, qui avait enflammé le Supersonic lors de notre concert du 9 juin dernier, vient de lancer une opération de crowdfunding afin de financer l'enregistrement de leur deuxième album en compagnie de Rizan Saïd, un ancien musicien d'Omar Souleyman (voir l'interview).

Tous les détails sont par ici :
https://www.indiegogo.com/projects/teleferik-2nd-album-blood-orange-syrup-rock#/

samedi 28 octobre 2017

The Craftmen Club : « Colores »



Si l'on s'amusait à dessiner une carte de France du rock, le gros quart nord-ouest du pays, une ligne qui en gros partirait de Lille pour s'arrêter à Nantes, apparaîtrait comme la plus attractive. Un peu normal si l'on considère que, longtemps, avant qu'internet ne rende tout cela obsolète, ce quart nord-ouest a été à portée d'ondes directe avec l'Angleterre, instaurant une tradition pop et rock qui perdure encore de nos jours. Basé à Guingamp, les Bretons de The Craftmen Club, un des fleurons rock du pays encore en activité, se trouve, logiquement, au cœur de notre ligne imaginaire. 

Avec ce nouvel album, le cinquième depuis leurs débuts en 2001, il y a 16 ans (déjà!), The Craftmen Club continue, encore un peu plus profondément sa mue entamée avec le précédent album, le brillant « Eternal life ». Longtemps The Craftmen Club a été un chantre du rock garage, à fond les amplis et, à ce titre, leur disque « Thirty six minutes » (tout est dans le titre) est assez remarquable. Depuis, le groupe s'est converti aux vertus de la cold wave, sans pour autant renoncer à l'électricité (« Last trip »), noyant ses décibels sous une solide couche d'angoisse (« Colores », « Expect to crash », « Elevator »). Le groupe avait l'habitude de nous assommer sous les coups du boutoir, maintenant, il nous prend à la gorge, six cordes à l'appui (« La route »). Ce nouveau disque, « Colores », ouvre une brèche plus intime pour le groupe. Déjà, pour la première fois, les visages des musiciens s'affichent sur la pochette. Ensuite ce nouvel effort voit le groupe renouer avec sa langue maternelle, utilisée de manière assez cryptique (« Nos enfants rois »). Ce n'est certes pas une nouveauté, mais c'est suffisamment rare pour être souligné. Enfin, parmi cette nouvelle livrée, deux titres (« Le lac », « Le Lustre ») ont été enregistrés live en studio, sans retouche ni fioriture, documentant à merveille la facette rock n'roll mais aussi acoustique/western du quatuor. Pour le reste, on retrouve encore une fois avec délice ce mélange étonnant entre rock garage (les guitares crades) et cold wave (la rythmique d'une précision glaçante). Le résultat est excellent, une fois encore.

Sortie le 10 novembre.
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Nai Palm en concert le 8 novembre au Flow


L'Australienne, chanteuse et compositrice de Hiatus Kaiyote, présentera son projet solo sur la scène du Flow le 8 novembre prochain.


lundi 23 octobre 2017

Lisa Portelli : "La nébuleuse"



Se taire pour mieux retrouver sa voix, tel pourrait être le parcours de la musicienne, qui, est de retour après avoir respecté un vœu de silence au sein d'un couvent. Six longues années se sont écoulées depuis la sortie de son premier album. Aujourd'hui, l'artiste revient, différente, régénérée, rassérénée. Le silence a des bienfaits, sa voix est claire et limpide, elle sert à merveille des textes intimes, touchants et sincères. Ce nouvel effort a été conçu en petit comité. Ils sont trois à la manœuvre, une section rythmique accompagne la voix et la guitare de Lisa. Il en ressort un véritable effort de groupe où l'implication de chacun est maximale et cela s'entend. L'auditeur est ainsi invité à partager un moment d'intimité avec eux, un moment à part, suspendu dans le temps. Entre rock et chanson, le disque est un album de climats, les différents effets apposés sur la guitare permettent de varier les ambiances où la menace sous-jacente ne disparaît jamais tout à fait.
À écouter en priorité : "Naviguer", "Longtemps"

dimanche 22 octobre 2017

Wicked + The Blue Butter Pot, La Dame de Canton, 20 octobre 2017.


Une jonque posée sur la Seine, sur laquelle se reflètent les lumières de la ville à travers de grandes bains vitrées, le décor boisé est à la fois classe et vintage. Ce soir nous avons donc rendez-vous sur l'eau et finalement quoi de plus indiqué pour cette soirée accueillant deux groupes bretons ? On commence avec le duo The Blue Butter Pot. Une guitare et une batterie, le duo s'inscrit dans la longue lignée de ces groupes garage qui depuis le début du 21ème siècle donnent un nouveau souffle au blues et au rock n'roll (ne pas négliger le « roll » qui est, en l'espèce, très important). On pense notamment à Seasick Steve, logiquement repris en fin de programme. D'emblée le groupe semble surpuissant, la batterie est fine et précise, la frappe redoutable, et, de sa voix de gorge, l'immense chanteur barbu, ressemblant à un bonimenteur sur une fête foraine, conte ses histoires, et se joue avec maestria du bottelneck. Pourtant ce qui retient notre attention c'est la connivence entre les musiciens et ce dialogue, musical et incessant, entre eux. Les compositions jouent les prolongations et rebondissent dans des recoins insoupçonnés, chaque mouvement est l'occasion d'explorer une nouvelle idée. Derrière son kit, le batteur joue avec parcimonie de sa double pédale, un artefact typique du heavy metal beaucoup plus rare dans le blues. Utilisé intelligemment la chose renforce le groove et évoque un roulement de tambour typique de la Nouvelle-Orléans. Le set est tellement dense et compact qu'on a finalement l'impression d'avoir assisté à un concert de deux heures, tellement de choses à écouter et à découvrir, ce groupe est une magnifique découverte !

Dans un registre différent, mais tout aussi intense, on retrouve ensuite une ancienne connaissance en la personne du trio (Breton également) Wicked. Moins roots que le groupe précédent, Wicked donne sa version personnelle du blues, sous la forme d'une guitare magnifiquement slidée, mâtinée de rock (and roll, toujours) indé et de garage. Le groupe est précis et carré, pour un résultat puissant. La voix du chanteur ressemble à un râle débordant d'émotion et de feeling alors que la section rythmique laboure et creuse au maximum le champ des possibles. La guitare alterne entre riffs puissants et divagations noisy dans un déluge de larsen psychédélique. Le trio joue parfaitement le jeu de la tension/détente, l'intensité montant soudainement d'un cran, les aiguilles du potentiomètre à fond dans le rouge. Les musiciens sortent de scène totalement lessivés, ruisselant de sueur. A coup sûr, ce trio, assez rare sur nos scènes, mériterait de revenir plus souvent à la capitale.






Date with Elvis : « First Date »



Ce premier album scelle notre première rencontre avec le duo marseillais Date with Elvis. Et plutôt que de rencontrer Elvis, le rencard en question, serait plutôt celui entre le blues séculaire et le futur. Car c'est bien de cela qu'il est finalement question ici. Une guitare, une batterie, depuis l'avènement des Black Keys et des White Stripes, il y a, déjà, 15 ans de cela, la formule s'impose comme un cliché de plus en plus éculé du rock dans sa version 21ème siècle. Sauf qu'en confiant la production de son album à Kid Francescoli, un autre membre illustre de la scène phocéenne plus réputé dans les cercles électro que rock, le duo change la donne. Plutôt que refaire, le duo remet à jour. Et c'est le groupe tout entier qui semble reboosté, les basses vrombissent donnant du volume et de l'impulsion à la musique (le départ pétaradant de « Evil or love », « Ain't got no ») sans jamais négliger l'aspect rock (« How deep is your love ? », « I get dizzy ») et les guitares tranchantes (« One way or another », « Not Enough »). Ailleurs, l'intervention, aussi discrète que déterminante, de synthés éthérés apportent une note psyché/progressive (l'intro de « So glad »). Enfin, le duo se permet également une incursion exotique en territoire reggae (« Cool and calm »). La pochette, aux allures d'un cabinet de curiosités rococo, donne une image assez fidèle de l'album, fourmillant de détails et d'idées, en forme de petits trésors cachés que l'on découvre une écoute après l'autre. A classer près du nouvel album des No Money Kids.

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mardi 17 octobre 2017

Louis Arlette : « A notre gloire »



Ancien collaborateur d'Air Louis Arlette occupe une place aussi singulière qu'inédite sur la scène française. Pas tout à fait rock, ni complètement industriel et bien plus qu'un héritier d'une nouvelle forme de chanson française teinté d'électro mais les trois en même temps, sacré mélange ! Ingénieur du son de formation, Louis a mis son apprentissage à profit pour livrer un disque parfaitement « mis en sons », et soigné dans les moindres détails, entraînant l'auditeur dans son univers tantôt oppressant (la brutale « A notre gloire » placée en ouverture) parfois lumineux (« Le moment est venu ») et toujours pleins d'emphase (« A la dérive »). Trois titres, complétés par deux versions live, absolument fascinants, on a hâte de plonger plus avant dans l'univers de Louis Arlette avec un premier LP attendu pour le mois de janvier 2018. Vivement la suite !

En concert à Paris (le hasard ludique) le 22 novembre.


dimanche 15 octobre 2017

Trupa Trupa : « Jolly new songs »



Sortie après sortie, l'itinéraire de Trupa Trupa s'apparente à un conte de fée pop et contemporain. Il y a deux ans de cela, Trupa Trupa était inconnu au bataillon, cantonné à sa ville de Gdsank (Pologne). Et puis par chance, hasard, accident ou sérendipité, leur excellent album « Headache » est sorti chez nous faisant sensation dans le petit cercle pop indé. Ce nouvel effort sort dans un contexte différent. « Headache » nous a pris par surprise. Maintenant le groupe est attendu. Et le gant est relevé, haut la main. D'emblée le groupe nous semble plus audacieux, bâtissant des structures musicales complexes et alambiquées (« Against breaking heart of a breaking heart beauty ») œuvre d'une formation sans œillères et n'ayant pas froid aux yeux. Et on n'est alors pas loin de penser que le groupe a habilement intégré les influences psychédéliques et progressives à son œuvre (« Love supreme » sans aucun rapport avec John Coltrane). Mais l'album frappe fort en conciliant les contraires. Il y a tout d'abord cette évidence mélodique, cette ligne claire qui surplombe l'album (« Coffin », « Mist », « None of us », « Only good weather ») et condense quarante années de pop. Assumant la prise de risque jusqu'au bout, le quatuor polonais prend ensuite un malin plaisir à pervertir ses propres compositions par le biais d'une guitare bien sentie, d'un virage musical aussi surprenant qu'habilement négocié ou d'une irrésistible et impressionnante montée en pression (l'incroyable « Jolly new songs », « Never forget »). Désarçonné, l'auditeur ne sait plus trop à quel saint se vouer avant de se laisser prendre au piège de cette pop aussi vicieuse que vénéneuse. Brillant.
Sortie le 27/10.
En concert le 27/10 à Nantes (Festival Soy) et le 28/10 à Vendôme (Rockomotives)

https://trupatrupa.bandcamp.com/
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http://www.trupatrupa.com/


samedi 14 octobre 2017

Manolo Redondo : « Helmet On »



Voilà un album qui, dans un monde parfait, devrait faire l'unanimité et truster durablement les ondes. Mais, ne rêvons pas, rien de ceci n'arrivera et c'est bien dommage… A défaut d'entrer en « rotation lourde » sur les ondes FM, le disque restera en « rotation continue » sur notre platine. Et il y a d'excellentes raisons à cela. Pour commencer, la facture même de l'album qui s'apparente à une sacrée collection de chansons. Voilà, dit comme ça c'est tout bête et cela n'a l'air de rien mais c'est énorme. Depuis quand n'avez-vous pas accroché à une mélodie dès la première écoute ? L'album s'apparente ainsi à un travail soigné, bien produit, bien écrit, les mélodies accrochent l'oreille avec insistance (« Lo is the new hi ») et l'acoustique chaleureuse déployée ici transporte l'auditeur. En effet, la base de tout reste en l'espèce le folk et les guitares acoustiques délicatement arpégées (« Des Incas et des Khmers »). Mais l'album brasse large et convoque une foule d'influences insoupçonnées et que l'on imaginait incompatibles. On pense ainsi tour à tour à The Cure (« Best kept secret ») à Nada Surf pour cette façon toute personnelle de maîtriser l'électricité dans une sorte de violence paradoxalement douce (la coda d' « Alpinisme » ; car notre homme a aussi le bon goût de chanter parfois en français) voire même à une étrange connexion entre Nick Drake et Chris Isaak quand Manolo laisse exprimer son timbre de crooner (« Ten thousand days »). Un spectre d'influences large et pourtant rendu parfaitement cohérent grâce à un magnifique travail de « mise en sons ». Autour de la voix et de la guitare, c'est une multitude de détails que l'on découvre au fil des écoutes successives, ces synthés discrètement cold wave, ces bizarreries quasi psychédéliques qui déboulent sans crier gare (« Bigger Blow »), ces guitares électrifiées avec une justesse rare et cette rythmique débordante de feeling (« Lentement »). Il ne faut guère plus d'une écoute pour entrer de plein pied dans l'univers de Manolo Redondo qui possède cet art rare de stimuler l'imagination de l'auditeur. La marque des grands disques.

Sortie le 27 octobre.
https://fr-fr.facebook.com/ManoloRedondoMusic/
https://manoloredondo.wordpress.com/

jeudi 12 octobre 2017

Musiques Volantes #22


La 22ème édition du festival est placée sous le signe des monstres... Du 10 au 23 novembre à Metz et au-delà (Nantes, Luxembourg, Paris, Montreuil. Soirée de lancement le 19/10 à la REcyclerie (entrée libre).

mercredi 11 octobre 2017

Bill Charlap Trio : « Uptown, Downtown »



Accompagné de la doublette Peter (contrebasse) et Kenny (batterie) Washington (sans lien de parenté apparemment) le pianiste fait les beaux jours (ou plutôt les soirs) du Village Vanguard, le fameux jazz club new-yorkais. Rien d'étonnant dès lors que l'écoute de ce nouvel album nous projette dans le confort douillet d'un club, aux murs de briques rouges, dans un sous-sol enfumé. Installons-nous sur la banquette et laissons Charlap, le Maestro, nous guider derrière son clavier, tant les émotions affluent à l'écoute de ce nouveau disque. Séduisante, la musique du trio l'est assurément. A ce titre le morceau d'ouverture « Spring can really hang you up the most » est remarquable de rondeur et de délicatesse. Comme le reste de l'album qui n'oublie cependant pas de faire la part belle au swing sautillant, subtil et élégant (« Curtains », « Uptown, Downtown »), le tout dans un remarquable ascenseur émotionnel et délicat, les doigts glissant sur les touches d'ivoire. Du travail d'orfèvre, classique et facile d'accès, mais surtout soigné et solide, faisant son miel du Great American Songbook.

https://www.billcharlap.com/
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lundi 9 octobre 2017

Big Junior : « Osiris »



Deuxième EP pour le groupe lyonnais qui nous invite à un sacré cocktail musical qu'il nomme eux-même la « Hip Wave ». Bien évidemment c'est l'influence hip-hop qui saute aux oreilles notamment grâce à un flow coulé et mélodique (« Jump zone », « Osiris »). Mais, c'est lorsqu'ils se décident à chanter (« Born to cry ») que Big Junior nous étonne faisant preuve d'un étonnant éclectisme, tout comme la musique qui, sans négliger le beat hip hop, fait la part belle aux mélodies chassant sur le terrain de la pop électro parfois mu par une énergie rock (« Shoot to breeze »). On regrette toutefois l'orientation ostensiblement dance de l'ensemble qui nous empêche d'adhérer totalement au projet.

http://bigjunior.fr/
https://fr-fr.facebook.com/bigjuniorofficiel/








jeudi 5 octobre 2017

George Thorogood : « Party of one »



Connu, depuis les années 1970, pour son blues très musclé et finalement assez proche du rock n'roll, "Bad to the bone" comme il le disait autrefois, George Thorogood surprend son monde avec ce nouvel album en solo intégral. L'exercice n' a rien d'évident. Sur un mode introspectif, George Thorogood revisite son histoire musicale et reprend des titres qui l'ont touché, ont parfois été autant d'éléments déclencheurs, avec pour seul accompagnement une guitare, un harmonica et quelques percussions. Une belle occasion de rendre hommage à ses aînés saisie au vol. Mais solo ne signifie aucunement acoustique, ni répétitif. Au contraire, en alternant acoustique et électricité, même seul, Thorogood livre un effort aux nuances variées, rendant ainsi hommage aux différentes tendances qui, mises bout à bout, font le blues. Outre le bon goût affiché (Robert Johnson, Willie Dixon, Johnny Cash, Dylan, les Stones) l'occasion est riche pour nous de découvrir l'artiste sous un jour nouveau, plus intime, et de (re)découvrir des classiques (cf. « One bourbon, one scotch, one beer ») qui ont fait sa gloire sous un angle différent. Attachant.

https://www.georgethorogood.com/
https://www.facebook.com/georgethorogood/

mercredi 4 octobre 2017

Expo Pop Collection

(c) Javier Mayoral courtesy Arts Factory

Voici une exposition que l'on attend avec impatience et une curiosité grandissante. Du 11 octobre au 17 novembre la galerie Arts Factory accueille 80 artistes et 300 œuvres dans un grand croisement des genres, des icônes de la musique aux affiches détournées de cinéma d'improbables séries B. Le tout formant un panorama à 360° de la culture pop. Alléchant et immanquable !

Vernissage le 10/10 de 17h à 21h.
Du 11/10 au 17/11 
Galerie Arts Factory
27 rue de Charonne - 75011 Paris
www.artsfactory.net


(c) Kata Billups courtesy Arts Factory – « elvis and the beatles », 2001
acrylique sur toile – 60 x 45 cm



(c) E.A. Heavy courtesy Arts Factory – « blood of jesus », 2001
affiche peinte sur sac de toile (ghana) – 150 x 100 cm







Nico Duportal & His Rhythm Dudes : « Dealing with my blues »



Et là, alors que l'on pousse la touche play et que la musique commence à résonner, on se dit que vraiment quelque chose ne tourne pas rond et que, dans le fond, cela devient assez désespérant. Non pas que le nouvel album de Nico nous file le cafard, loin s'en faut ! Simplement, ce nouvel effort nous rappelle qu'il se passe des choses fantastiques dans ce pays, dans un assourdissant silence médiatique. Car, oui ce nouveau disque est formidable et personne (ou presque) n'en parle. Tout est finalement dans le titre, « Dealing with my blues » nous aide définitivement à gérer le notre (de blues). Blues donc, mais pas que, Nico a eu la riche idée d'infuser une dose de rockabilly dans sa note bleue. On adore le jump général de la chose, le swing rond de la contrebasse, les cuivres de bon aloi et l'orgue pour la touche gospel et soulful. Et puis il y a la beauté brute et sèche de la chose, ces guitares balancées sans fioritures excessives et la voix éraillée (notez bien la petite brisure soul dans le fond de la gorge) qui se fond parfaitement dans le tout. La tonalité d'ensemble est rétro et baigne dans un ambiance délicieusement 50s, mais il nous semble bien plus important de souligner la fraîcheur de la musique plutôt que son côté vintage, même si ce dernier participe pleinement au charme dégagé par le disque. Un album qui donne la pèche ! 

http://www.nicoduportal.com/
https://fr-fr.facebook.com/Nico-Duportal-his-rhythm-dudes-224237994269268/

dimanche 1 octobre 2017

Lux : « Super 8 »



On l'attendait depuis longtemps, le voilà, le premier album de Lux, au contenu totalement original, sans aucun titre repris de leur premier EP, saluons l'effort pour commencer. Lux rêve donc en super 8 ainsi que semble l'indiquer le titre. Pour continuer dans la métaphore cinématographique, « Super 8 » (l'album) ressemble à ces petits films indépendants US, que l'on affectionnait tant dans les années 1990. Pas de gros moyens mais fait avec beaucoup de cœur, voire d'amour, et dégageant un charme certain dès la première écoute. Rien que du très classique cependant, des guitares (folk ou électriques), une voix, la basse et la batterie. Sans rechercher à tout prix à participer à la course à l’échalote du vintage, on sent bien que les musiciens ont baigné dans cette culture rock des années 1960 et 1970, un certain sens du classicisme qu'ils interprètent à leur tour. Le tout est assez sage, les décibels sont maîtrisées (« Damaged », « While waiting »), mais cela leur convient particulièrement bien. La voix ronde et mélodique de la chanteuse Angela Randall brille de mille feux alors que Sylvain Laforge, à la guitare, maîtrise son sujet. Pas d'effets de manche superflus, pas de saturation assommante, Lux se fait fort de remettre au goût du jour des notions telles que la mélodie et le songwriting. Le guitariste en particulier brille dans ce contexte, mettant sa virtuosité au service de la chanson et non l'inverse (« Rough Translation », « Island ») alors que Julien Boisseau (basse) et Franck Ballier (batterie) offrent une assise rythmique solide, feutrée à l'occasion ou groovy sans ostentation. Il en résulte un album sonnant comme un classique immédiat, pensé pour durer et être réécouté (pas la moindre des qualités à l'époque du streaming jetable) au charme évident. Pas la grande révolution mais un album très soigné, produit au millimètre et intrinsèquement attachant. Voilà un disque qui ravira tous les fans du classic rock. On y reviendra, ça c'est sur…

Sortie le 6 octobre.


samedi 30 septembre 2017

Benjamin de Roubaix : « Chansons d'Amour ! »



Fils de l'illustre François de Roubaix, un grand nom de la musique de film des années 1960/1970, Benjamin partage avec son Père un goût pour les voyages et l'exotisme et un don certain pour mettre ces derniers en musique. Mais là s'arrêtent les comparaisons. Car après un premier album instrumental («L'homme des Sables ») dans les pas du paternel, Benjamin s'essaye à la chanson sur son deuxième disque et ces dernières sont forcément « d'amour ». Ainsi donc « Chansons d'Amour !» est un disque qui voyage, de Nouméa à l'Afrique en passant par l'Amérique Latine, au gré des arpèges délicat des guitares acoustiques et des percussions exotiques. S'il fallait qualifier le musicien (multi-instrumentiste guitare, trombone), on dirait de lui qu'il est cool, tranquille (il suffit de le rencontrer pour s'en persuader), un sorte de JJ Cale, qui gratouille sa guitare alanguie, chante tranquillement pas vite de sa voix mélodique et parfume ses chansons d'effluves jazz exotiques. Sa musique est à son image et on écoutera son disque tout l'hiver en rêvant aux prochaines vacances.

http://www.benjaminderoubaix.fr/
https://www.facebook.com/benjamin.d.roubaix

vendredi 29 septembre 2017

Hotel : « Express Checkout »



Le titre de disque nous invite à quitter les lieux au plus vite. Pas sur cependant que l'on ait envie de se séparer tout de suite. Premier EP donc pour cette formation formée autour du duo Anne et Victor. Cinq chansons, assez variées, sont au menu entre titres chaloupés, (« Silence Turner ») et ambiances plus feutrées, alanguies (« Macadame », l'atmosphérique « Ma Rivière », peut-être la plus belle du lot). Bilingue, aussi bien à l'aise en français qu'en anglais, Hotel produit un pop ouvragée, un peu psyché (« Blue Bamboo Rocketship » sous influence Tame Impala), parfois progressive (« Ma Rivière » qui sonne comme un inédit d'Air) et un peu rétro, tendance 80s. Le genre de disque à écouter dans un bar (d'hôtel, pardi!) sous un néon rose fluo (« Makin the rules », « Blue Bamboo Rocketship »). Mais on retient surtout cette habileté à mixer et guitares et claviers, à faire cohabiter électricité et électronique. Belle ouvrage.
https://www.facebook.com/hotel.band

jeudi 28 septembre 2017

Fleurs de Paris de France de Griessen


Artiste pluri-disciplinaire (musicienne, actrice, aquarelliste...) France de Griessen ajoute une corde supplémentaire à son arc et publie, le 25 octobre prochain, son premier livre. Partie à la rencontre de plusieurs fleuristes parisiens (17), l'auteure tend à porter un autre regard, plus artistique, sur la profession. Richement illustré (d'après les extraits que l'on a pu lire, ce beau livre s'annonce magnifique) par l'artiste (photos et aquarelles) et truffé de références culturelles à la musique ou au cinéma, l'ouvrage illustre, en creux, le lien que France de Griessen a toujours entretenu avec la nature.

"Fleurs de Paris" de France de Griessen
Editions AAM, Collection "L'âme romantique d'une ville"

Par ailleurs la dernière exposition de l'artiste, "Aux rêveurs les mains pleines", est visible jusqu'au 11 octobre prochain à l'Arrosoir (80, rue Oberkampf, 75011).

Chapelier Fou : « ! »



En attendant son nouvel album (sortie prévue le 20/10) et histoire de fêter dignement ses dix ans, le Messin revisite sa propre histoire le temps de cette compilation fleuve (18 titres, 80 minutes) regroupant ses trois premiers Eps, enregistrés en 2007 (à l'exception de « Al Abama » et « Hahahahaha ? ») et sortis entre 2009 et 2012. Pour l'occasion, Chapelier Fou a totalement repensé son travail, en termes de tracklisting et d'artwork ; les titres ayant également été remixés et remastérisés. L'occasion pour nous de constater que, depuis ses débuts, l'univers onirique de Chapelier Fou a toujours été extrêmement abouti et qu'il n'a pas son pareil pour délivrer des petites pièces addictives avec la juste dose d'expérimentation (« Le grand n'importe quoi » qui rappelle Kraftwerk). En effet, la balance est délicate entre électronique, légèrement froide, entêtante et répétitive (« Trèfle », « Right place and time left »), et chaleur acoustique (la rêveuse magnifique « Horse ») comme le souligne le violon mélancolique qui orne parfois ses compositions (« Darling, darling, darling... », « Doodling hands », « Postlude ») et fait le lien avec la musique de film des années 1970. Et si le digne héritier, fils illégitime, de François de Roubaix c'était lui ?

https://fr-fr.facebook.com/chapelierfou/
http://www.chapelierfoumusic.com/

mercredi 27 septembre 2017

DAAU : « Hineininterpretierung »



Relativement méconnu dans nos contrées, ce groupe belge au patronyme allemand absolument imprononçable fête ses 25 ans d'une manière assez originale, réenregistrant 20 pièces marquantes de son répertoire sur ce nouvel album, certains anciens membres faisant même leur retour pour l'occasion. Habitués que nous sommes au rock et aux grosses guitares, la proposition musicale, sophistiquée, complexe et expérimentale de DAAU peut, de prime abord, désarçonner l'auditeur. Car, point d'amplis en surchauffe ici, mais du violoncelle, de la clarinette et de l'accordéon, entre autres, au service d'un répertoire n'évoquant rien de vraiment connu, ni de franchement défini, mais plutôt une myriade d'influences diverses discrètement évoquées ici et là. Le geste et l'intensité dégagée peut rappeler celle d'un groupe punk-rock («Drieslagstelsel 1 et 2», « Voodoo Sim », « Waltz Delire ») ; l'acoustique chaleureuse de la contrebasse, présente de loin en loin, nous ramène du côté du free jazz (« Berlin-Deventer-Antwerpen », « Lounja la gazelle ») mais l'intention générale reste orientée vers une sorte de musique classique délocalisée dans les Balkans (cf. l'accordéon d' « Orange »). Sans oublier une paire de « chansons » rudement bien troussées (« Gin & Tonic ») servies à merveille par une voix rocailleuse à la Tom Waits (« Highway Tiger »). C'est donc à un corpus particulièrement riche et complexe que se frotte l'auditeur et il ne fait nul doute qu'un temps d'adaptation est nécessaire et une écoute répétée requise. Mais, difficile de ne pas succomber au charme de cette musique, pour le coup franchement originale, et, surtout, voyageuse. C'est ainsi mille images mentales qui se bousculent à l'écoute de cet album qui n'a pas fini de faire travailler l'imagination. Pour les rêveurs de tout bords…

https://fr-fr.facebook.com/daau2/
http://daau.com/

lundi 25 septembre 2017

Expo après la répète du 6 au 21/10


Et après la répète, que se passe-t-il, les groupes une fois rendus à la "vie civile" ? Epineuse question à laquelle le photographe Alexandre Bré tente d'apporter une réponse tout au long de 12 portraits, saisis sur le vif, en noir et blanc. Textes rédigés par la rédaction de Songazine (plus votre serviteur) et vernissage le 6 octobre prochain avec les excellents The Saintcyr en showcase. Début des hostilités à 19 heures.

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Exposition "Après la répète"
Du 6 au 21 octobre 2017
Galerie Stardust
37, rue de Stalingrad, 93310 LE-PRE-SAINT-GERVAIS
Métro Hoche, ligne 5