lundi 15 mai 2017

Matmatah : « Plates Coutures »



Chez Matmatah, une page se tourne tous les dix ans ou presque. 1998, le groupe sort son premier album et se sépare en 2008 ; 2017 voit la sortie d'un nouvel effort, dix ans après le précédent (« La Cerise », 2007). Alors que l'on appuie sur la touche play, la machine à remonter le temps s'enclenche : « Nous y sommes » ! La voix du chanteur Tristan n'a pas bougée, la section rythmique carbure à plein régime fournissant l'énergie nécessaire à la combustion des guitares. Le quartet Brestois rock comme au plus beaux jours, au sommet de sa forme (l'urgence quasi Stoogienne de « Petite frappe », « Retour à la normale », "Overcom") affine son propos (« Marée haute ») entre énergie et une pointe de désenchantement et tente quelques arrangements audacieux (quelques synthés discrets) histoire de bousculer les habitudes. Un titre nous intrigue : « Toboggan » qui prend le contre-pied du reste de l'album, tempo alangui, ambiance planante, motif de guitare hypnotique et un très étrange chorus de saxophone fantomatique, entre prog et psyché, signé du légendaire Dana Colley (Morphine). C'est là que le groupe est le meilleur lorsqu'il sort des schémas classiques du rock français, parfois assez proches de la chanson, dans lesquels il excelle pourtant (« Ô ma beauté », « Entre les lignes »). Un disque de rock, carré et efficace, classique mais avec une pointe d'originalité qui, au final, fait toute la différence.
En concert les 16 et 17 mai à Paris (La Cigale)

dimanche 14 mai 2017

Rosedale : « Long way to go »



Rosedale est le nouveau projet d'une vieille connaissance, le guitariste Charlie Fabert. Musicien fin et inspiré, débordant de feeling, Charlie a trouvé en la personne d'Amandyn Roses la complice idéale. C'est peu dire que l'association de ces deux talents naturels fait des étincelles le long des neuf titres de ce disque. Chez Rosedale tout est feeling et ce dernier déborde du disque par tous les pores, dans le chant de gorge, soulful et un peu grave, d'Amandyn et dans les six cordes de Charlie qu'il manie avec une finesse rare. Le dialogue qui s'instaure peu à peu au fil des plages entre les deux musiciens s'avère passionnant. Le résultat : un disque de blues inspiré réunissant ce qu'il faut de groove, de rock et de pop pour emporter la mise ; efficace en up (« Lost soul », « New Frontier ») ou down tempo (la magnifique jazzy « Before you »). Classique certes mais de superbe facture, on n'est pas près de s'en lasser ! A noter, la participation de Fred Chapellier (toujours un gage de qualité) sur l'épique (« Man, I don't want you around »).
En concert à Paris (New Morning) le 22 mai.
www.facebook.com/rosedalebluesrock

samedi 13 mai 2017

Doolin', La Cigale, 12 mai 2017.



Hier soir, le magnifique écrin de la Cigale a été délocalisé près d'un port de pêche irlandais grâce à la magie de la musique. Sur scène nous retrouvons le sextet Doolin', un groupe toulousain qui excelle dans le folk irlandais. Excellents instrumentistes, les musiciens maîtrisent tellement leur sujet qu'ils peuvent se permettent de détourner la musique pour l'entraîner sur des eaux inédites, funky, jazzy (excellente section rythmique) ou adaptant la chanson française à l'idiome (cf. la reprise d' « Amsterdam » de Jacques Brel). Emportés par l'énergie positive de la musique, et des notes s'échappant de l'accordéon, de la flûte et du violon, les musiciens se lâchent, quitte à partir dans un proto-rap qui, soyons honnêtes, ne leur convient pas au mieux. Peu importe, car dans la salle, le public, très varié en terme de classe d'âge, joue le jeu à fond, partant dans des gigues endiablées sous les cris et applaudissements en rythme : chaude ambiance confirmant l'universalité de ces rythmes irlandais. Dans ce contexte la section rythmique excelle, la sonorité de la basse acoustique ressemble à s'y méprendre à une contrebasse et Sébastien Saunié s'y entends pour balancer des lignes groovy. On a pu également admirer la dextérité de Josselin Fournel au bodhrán, une percussion traditionnelle, dont il tire un swing irrésistible. Enfin les reprises de titres signés Steve Earle (« The Galway Girl ») et Bob Dylan (« The ballad of Hollis Brown »), toutes deux très réussies, soulignent les liens entre le folk irlandais et la country. Une très belle soirée, il ne manquait que la proximité de l'Océan.
https://twitter.com/DoolinBand

jeudi 11 mai 2017

Jim Jones & The Righteous Mind + Suzie Stapleton, Petit Bain, 10 mai 2017.



La soirée commence avec la superbe Suzie Stapleton. Toute de noir vêtue, Suzie Stapleton dispense un charme vénéneux par le biais de compositions hantées. Sa voix tout d'abord, grave et profonde, son timbre est absolument inoubliable. Sa guitare ensuite, fantomatique, évolue dans un contexte assez dark et électrique où des relents de blues et d'americana se télescopent. Même si la formule guitare/voix ne semble pas la meilleure pour rendre justice à ses compositions, nous sommes happés une grosse demi-heure durant par le charme de Suzie. Une artiste à suivre.

A la veille de sortir leur premier album sous ce nom, Jim Jones & The Righteous Mind, est revenu nous rendre une petite visite, l'occasion de revisiter ce paysage rock n'roll et viscéral. Bien évidemment personne n'a oublié le groupe précédent The Jim Jones Revue, désormais dissolu mais the Righteous Mind relève le gant avec classe et un son furieux. Le lien entre les deux formations existe, les influences venues à la fois du punk et du rock n'roll des années 50, le piano, et certains compositions de The Righteous Mind auraient facilement pu trouver leur place dans le répertoire de la Revue. Mais ce nouveau groupe se distingue par une approche, toujours aussi déglinguée mais dérangée par quelques sons venus d'ailleurs, la pedal-steel tout d'abord, saturé, trituré, le son de cette dernière n'évoque en rien la country (style dont cet instrument est l'emblème) mais un truc un peu bizarre et inédit rarement entendu auparavant. Les claviers ensuite, car dans ce nouveau groupe, le piano n'est plus exclusif mais laisse parfois la place à des sonorités indéfinissables. Pour le reste on retrouve la rage et l'intensité qui est la marque de Jim Jones à travers un cocktail détonnant de six cordes, demi-caisse, Gretsch et Gibson. Gavin Jay, le bassiste, a, pour sa part abandonné la contrebasse, avec laquelle il expérimentait lors des premiers concerts du groupe, pour se recentrer sur son instrument de prédilection, la basse électrique, dont il use avec une intensité peu commune, occupant l'espace de ses lignes saturées et bourdonnante. Derrière sa batterie, Phil Martini tient la baraque avec autorité, alors que ses comparses sombrent à tour de rôle dans l'expérimentation bruitiste, à genoux ou la guitare brandie en l'air. Certains titres reposent uniquement sur lui quand les autres instruments se taisent, réduisant les chansons à un squelette rythmique, inédit et intéressant. L'influence des années 50 s'efface dans ce nouveau groupe au profit d'un climat plus dark mais reste assez présente, on aura par exemple pu se régaler d'un boogie façon Jim Jones, c'est à dire déglingué mais transpercé par le punk. Une très belle soirée, l'album s'annonce prometteur !


Dix ans ça se fête !


Et oui, déjà dix ans d'activité pour ce blog, cela méritait bien un concert ! Alors avec les amis de Songazine (qui, eux, fêtent leurs cinq ans), on vous a préparé une soirée aux petits oignons, le 9 juin prochain au Supersonic. Trois groupes, tous chroniqués dans ces pages au fil des années, et surtout trois formations menées par des chanteuses dans des styles différents et complémentaires. Les Barettes tout d'abord, dans un style pop folk girlie très sixties puis LUX plutôt orienté classic rock 70s et enfin le garage/psyché de Teleferik pour finir. Et cerise sur le gâteau d'anniversaire, Lucie Baratte sera présente pour dédicacer son excellent livre "Looking for Janis". Janis Joplin qui sera en quelque sorte notre marraine puisque chaque groupe a accepté d'intégrer une reprise de Janis dans son set en plus de ses compositions habituelles. Nous avons également profité de l'occasion pour faire un geste et mis en place une collecte au profit d'Octobre Rose, une association pour la recherche contre le cancer du sein, par le biais d'une opération de crowdfunding. Venez nombreux !
https://www.helloasso.com/associations/songazine/collectes/soiree-janis-joplin-collecte-pour-octobre-rose
Event Facebook
9/06/2017 - 20h- Gratuit
Supersonic
9, rue Biscornet Paris 12 (Métro Bastille)

mercredi 10 mai 2017

Binic Folks Blues Festival




L’appellation "Folk Blues" peut, en l'espèce, sembler trompeuse, il n'empêche, la programmation de la neuvième édition du Binic Folks Blues Festival regorge de pépites indés : Gloria, Le Villejuif Underground, Thomas Schoeffler Jnr (pour le coup lui complètement raccord) ou bien encore Sunny & The Sunsets et King Khan & The Shrines pour les têtes d'affiches internationales, la programmation de cette édition fait envie ! Au total, 34 groupes (pour 52 concerts au total) qui se produiront du 28 au 30 juillet en bordure des plages bretonnes. Le tout est gratuit et en bord de mer, ça ne serait pas notre idée du paradis sur terre ça ? Que demander de plus ?

Pokey LaFarge : « Manic Revelations »



Ancien protégé de Jack White, bien que né en 1983, Pokey LaFarge entretient une relation passionnelle avec la musique du début du siècle dernier. Ainsi LaFarge, se situe à l'exact croisement où le jazz, le blues et la country se rencontrent. Ceci pour les influences. Nostalgique, probablement mais certainement pas passéiste, LaFarge propose sur ce nouvel album, le sixième déjà, un contenu frais et original, inspiré par le XXème siècle certes, mais avec une dynamique tout à fait contemporaine. Et surtout de sacrément bonnes chansons rappelant parfois les années 50 (« Better man than me », « Bad dreams »). Ainsi l'auditeur est rapidement happé par le swing infernal de la chose qui suinte au travers des quatre cordes de la contrebasse. Derrière son petit air de Pee-Wee Herman affligé, Pokey LaFarge sort un album au charme suranné et retro, emballant de bout en bout.


mardi 9 mai 2017

Fink's sunday night blues club Volume One.



Musicien au parcours atypique débuté dans le registre électronique avant de bifurquer vers le folk, Fink effectue un nouveau détour en direction de la note bleue. Avec ce très bel album, Fink nous questionne sur le sens profond du blues. Plutôt que de tenter, tant bien que mal, de copier les maîtres Afro-Américains du genre, Fink, conscient qu'il ne partage pas le même vécu qu'un musicien Noir Américain, préfère adapter l'idiome à son parcours personnel. Vu à travers ce prisme le blues n'est plus uniquement un genre musical aux règles immuables mais l'expression d'un vécu personnel, un feeling mis en notes. Ce qui en l'espèce donne des choses assez étonnantes, l'hypnotique et assez réussi « Cold feet » d'ouverture ou « She was right » qui n'entretient que de très loin un rapport avec le blues pur (les puristes s'arracheront les cheveux). L'introduction (les deux premiers titres) passée, une fois que le guitariste a pris ses marques, on ne peut que dérouler le tapis rouge au musicien. Ambiance minimaliste donnant l'impression que la chose a été enregistrée dans une cave, feeling nocturne prenant, acoustique douce à l'oreille : à défaut d'en respecter les us et coutumes à la lettre, Fink a parfaitement adapté l'idiome à son univers musical personnel, ce qui démontre une compréhension intime de l'essence même du blues (et on le remercie au passage de nous épargner une énième reprise de « Sweet home Chicago »). Le « Volume One » du titre semble indiquer qu'une suite serait prévue, tant mieux, on n'est pas près de se lasser de visiter ce nouveau club. Le dimanche comme les autres soirs de la semaine.


dimanche 7 mai 2017

Sean Taylor : « Flood and burn »



A peine âgé de trente trois ans, Sean Taylor sort son huitième album, affichant une constance qui fait de lui un membre respecté de la scène blues britannique. A l'instar de son aîné Tom Waits, auquel on pense souvent à l'écoute de ce disque, Sean Taylor est un conteur, un raconteur d'histoires, qui possède la voix idoine : profonde, légèrement gutturale, un peu brisée, douce et grave à la fois. Son chant, mélodique à l'extrême, sert à la perfection les textes, chantés autant que susurrés, sur un spectre musical alliant folk (« Troubadour », « Life goes on »), blues jazzy (« A good place to die », « The cruelty of man ») et rock n'roll d'inspiration 50s (la magnifique « Run to the water », une grande réussite du disque). Toujours emprunt de poésie, que l'inspiration se fasse grave ou heureuse, Sean Taylor annihile toute pesanteur de sa musique maintenant ce swing léger comme une plume qui s'apprécie de préférence en soirée.

samedi 6 mai 2017

Klô Pelgag : « L'étoile thoracique »



Dans le petit monde baroque de Klô Pelgag, une douleur thoracique se fait étoile, les âmes ont une chorégraphie et les étoiles un sexe. Ainsi, l'auditeur n'a pas fini de se perdre en conjectures, essayant de décoder le sens profond des paroles auxquelles, avouons-le, on ne comprend rien avant plusieurs écoutes. Et c'est là que réside le sens profond de la démarche artistique de la chanteuse Québécoise, plonger l'auditeur dans un monde parallèle où le baroque le dispute au fantastique. Si la musique et la chanson doivent faire rêver, alors, elles ont trouvé en Chloé (son véritable prénom) une ambassadrice de premier plan. Force est de constater que, trois ans après « L'alchimie des monstres », son disque inaugural, la jeune artiste s'est donné les moyens d'assouvir ses ambitions élevées. Mélancolie du piano (« Au bonheur d'Edelweiss »), arrangements de cordes ou de vents puissants et majestueux, la chanteuse se permet même un petit détour funky (« Les instants d'équilibre ») et, chez elle, un simple ukulélé, scie potentielle chez les autres, devient bouleversant (« Les ferrofluides-fleurs »). Disque ambitieux, « l'étoile thoracique », confirme la créativité débridée de la chanson francophone chez nos cousins d'outre-Atlantique, créativité à laquelle on peine à trouver un pendant ici-bas. Klô Pelgag plane-t-elle plus haut que les autres ? Le résultat est un album de haute tenue quoiqu'il en soit…
En concert à Paris (Divan du monde) les 31 mai et 1er juin.

7ème salon du disque des Puces les 20 et 21 mai


Endroit mythique, ayant déjà reçu la visite de Jimi Hendrix ou de Thurston Moore (Sonic Youth), Les puces de Saint-Ouen accueilleront les 20 et 21 mai prochain le salon du disque (7ème édition). Au programme, une vingtaine de disquaires viendront présenter leurs pépites et une dédicace du photographe Pierre Terrasson.
Les 20 et 21 mai 2017 de 10h00 à 18h00.
Entrée gratuite.

vendredi 5 mai 2017

Doolin'



Empruntant son nom à un village de pêcheurs Irlandais, les six membres, français de Doolin jouent un folk celtique irlandais aussi vrai que nature, accordéon, flûte et bodhrán (une percussion traditionnelle) à l'appui (« Mary's jigs »). Une maîtrise formelle qui impressionne et souligne le parrainage du style avec la country étasunienne (« Ballad of Hollis Brown ») ou le blues. Loin d'ériger ce respect de la tradition en anathème inviolable, le sextet garde les oreilles ouvertes sur le monde et apporte sa touche personnelle apportant des influences inédites dans cet univers séculaire. Ainsi, ce dixième album voit le groupe renouer avec sa langue natale, le français, le temps d'une reprise d' « Amsterdam » (Jacques Brel) ou bâtir un pont en direction de l'Afrique, mettant ainsi en parallèle les famines irlandaises et africaines (« Reel Africa »). Plus étonnante encore est la reprise de « Famine » (Sinead O'Connor) en collaboration avec la rappeuse new-yorkaise Taron Benson. Une note jazzy manouche (« Le jupon blanc ») complète ce magnifique moment de musique traditionnel et innovant à la fois.
En concert le 12 mai à Paris (La Cigale)


jeudi 4 mai 2017

Fufanu, Le Point Ephémère, 29/04/2017.


Consacré aux cultures nordiques, le festival Polar s'est achevé par une soirée islandaise dont le point d'orgue fût la prestation de Fufanu qui ne manquera pas de rappeler de nombreux souvenirs aux nostalgiques des années cold wave. En effet, avec ses compositions rappelant pèle-mêle The Cure, Joy Division ou Bauhaus, Fufanu dispose de tous les arguments pour ravir les nostalgiques des années 1980. Mais pas que. A ces références classiques, le quatuor islandais apporte sa touche personnelle, par le biais d'arrangements évoquant l'électro, trahissant le passé technoïde des protagonistes de l'affaire. Sur scène, la chose prend une tournure exaltante par le biais d'une section rythmique, la batterie notamment, donnant un sacré coup de trique aux compositions. Ainsi dynamité, le terrain est parfaitement balisé pour les brusques explosions de guitares et les boucles électro répétitives faisant passer régulièrement passer la musique d'un état contemplatif à une déflagration sonore. Mines affectées, regards absents (mention spéciale au guitariste dont on se demande s'il n'est que sous influence musicale), les quatre membres du groupe feraient passer Ian Curtis pour un joyeux luron, ce qui n'altère en rien l'excitation procurée par l'expérience live. Un concert à la fois solide et excellent.
https://twitter.com/fufanumusic

mercredi 3 mai 2017

Krazy Kat, Musicora, 28 avril 2017.


S'instruire en musique, telle est le leitmotiv de l'ensemble Calliopée, un ensemble spécialisé dans la musique de chambre et les compositeurs oubliés de la Grande Guerre. La dernière création de l'ensemble s'intitule Krazy Kat, une création hybride, d'un nouveau genre, à mi-chemin du ciné-concert et du spectacle vivant. Le show met en parallèle la Grande Guerre qui secoue l'Europe, la naissance du jazz et le centenaire de Krazy Kat, un personnage crée par George Herriman et héros de l'un des tout premier cartoon de l'histoire et est porté par un trio remarquable : la comédienne à tout faire (voix, chant, bruitages divers) Barbara Scaff et les musiciens Frédéric Lagarde (piano) et Carjez Gerretsen (clarinette). Magnifiques instrumentistes, habitués au répertoire classique, ces derniers excellent dans ce registre swing et s'approprient avec classe les pièces entre deux écoles, signées George Gershwin, Scott Joplin, Debussy ou Stravinsky. Krazy Kat donne également à entendre une commande spécifique, en création mondiale, « Krazy Rag » signée du jeune compositeur Jules Matton. Enfin, la comédienne Américaine Barbara Scaff se révèle être une source d'énergie pour le spectacle : elle chante, danse et assure les bruitages grâce à un attirail bigarré. Son sens de l'humour, son charisme et son énergie communicative irradie la représentation.

lundi 1 mai 2017

Makja : "Déchire"

Artiste engagé, Makja, est de retour avec un clip tristement d'actualité dans cet entre-deux tours d'élection, symboliquement mis en ligne le 21 avril...
http://www.makja.com/
https://fr-fr.facebook.com/makjaofficiel/

Un nouveau clip pour les Psychotic Monks

Le groupe vient de dévoiler un nouveau clip, assez anxiogène, extrait de leur premier album (chronique ici).

https://fr-fr.facebook.com/ThePsychoticMonks/
https://thepsychoticmonks.bandcamp.com/
https://twitter.com/psychoticmonks

jeudi 27 avril 2017

Garland Jeffreys : « 14 Steps to Harlem »



Le petit Métis de Brooklyn est de retour ! Un peu oublié du grand public, son heure de gloire terminée, Garland Jeffreys poursuit sa route musicale, armé de sa passion et de son humanisme. Ami de longue date d'Eliott Murphy et de Bruce Springsteen (qui ne manque jamais de le convier sur scène lorsque l'occasion se présente), Garland a grandi à New York à une époque bénie d'un point de vue musical, ce qui lui a permis de côtoyer quelques grands nom de Lou Reed à Bob Dylan en passant par Bob Marley, un éclectisme musical entre rock, reggae et soul qui aujourd'hui encore continue de nourrir sa créativité. Le premier album de son groupe, Grinder's Switch, dont il est le chanteur, sort en 1970. Trois ans plus tard, la formation séparée, sort son premier disque, éponyme, en solo. Après une période de vaches maigres, et quelques albums mineurs dans les années 80 et 90, Garland a pris une longue pose et s'est éloigné du monde musical pour mieux le retrouver en 2011 avec « The King of in between » album du come back et son meilleur depuis des lustres, de qualité égale à ses enregistrements des années 1970. L'état de grâce continue avec « Truth Serum » en 2013 et, enfin, ce nouvel effort.


Ce nouvel album commence de manière un peu poussive avec « When you call my name », tentative, pas franchement convaincante, de coller à l'époque qui rappelle ses pires travers des années 1980/1990. L'expérimentation terminée, Garland retrouve ses marottes habituelles, le blues (magnifique « Schoolyard blues »), le reggae (« Reggae on Broadway ») et bien sur le folk et le rock n'roll. A mi-chemin entre groove et électricité, Garland fait voyager sa musique dans l'espace, nous offrant au passage un petit détour par l'Espagne (« Spanish heart ») et dans le temps, revisitant quelques classiques du Velvet Underground (« Waiting for my man ») ou des Beatles (« Help »), le temps d'une magnifique séquence nostalgique et émouvante. Nostalgie et émotion sont bien les deux mamelles nourricières de la musique de Garland, lorsqu'il évoque son Père (« 14 steps to Harlem ») ou retrouve sa fille Savannah pour un duo bouleversant (« Time goes away »). « Colored boy said » évoque quant-à-elle le thème du racisme, récurant dans sa carrière (cf. « Don't call me buckwheat », 1991) prouvant, hélas, une fois de plus l'actualité du sujet. Signalons enfin pour finir la participation de la légendaire violoniste virtuose Laurie Anderson sur « Luna Park love theme » qui clôture l'album sur une note mélancolique. Un nouvel album à la fois varié et ancré dans une tradition étasunienne qui ne pourra que ravir les oreilles les plus exigeantes.
En concert le 23 juin à Paris (New Morning)


mercredi 26 avril 2017

Rosenberg Trio : « Django – Bande originale du film »


Cette semaine, les mélomanes ont, aussi, rendez-vous dans les salles obscures ! Accompagnant le biopic de très bonne facture sorti ce mercredi (chronique du film ici), la bande originale par le Rosenberg Trio est, elle aussi, d'excellente tenue. Spécialiste de l'idiome jazz manouche, le groupe, formé à la fin des années 1970, se réapproprie ici le répertoire du guitariste avec tout le respect que l’œuvre originale mérite. Cependant, loin de se contenter d'une simple copie, certes classieuse, le Rosenberg Trio réussit a poser une patte personnelle sur le répertoire. Toute la différence se trouve dans l'exécution. Grâce à un jeu survolté, les compositions retrouvent ici une nouvelle jeunesse, les musiciens réussissant la prouesse d'apporter une dynamique contemporaine aux pièces sans pour autant les dénaturer. Résultat : l'ensemble pulse et swingue sur un rythme infernal faisant frissonner l'auditeur. Le répertoire est quant à lui varié passant du jazz à la chanson (« Mélodie au crépuscule ») en faisant un petit détour par la musique traditionnelle tzigane (« Mer Ham Sinti »). Enfin, le disque se termine avec « Lacrimosa song », composée par le réalisateur Etienne Comar et Warren Ellis (The Bad Seeds) inspiré par le Requiem composé par Django, la seule incursion du guitariste dans la musique classique, joué une seule fois et dont les partitions ont été en partie perdues depuis. Cet album constitue le plus bel hommage à la musique de Django entendu depuis des lustres.

mardi 25 avril 2017

Peter Von Poehl : « Sympathetic Magic »



Se souvenant de ses années de formation au sein du label Tricatel, le guitariste Suédois nous livre un quatrième album plus ambitieux que jamais. En effet, richement arrangées (cordes, orgues, bassons, hautbois), flirtant avec l'électronique, les nouvelles compositions de Peter ne sont pas sans rappeler celles de son ancien patron, Bertrand Burgalat. Les influences venues du rock progressif et psychédélique sont ainsi parfaitement digérées et le rendu final, hautement mélodique, transcende lesdites influences. Plutôt que de plagier les classiques des années 1960/1970 (influence prégnante ici), le musicien préfère en donner sa version personnelle : neuve, contemporaine, excitante. Derrière ses allures de classique immédiat, ce nouvel effort regorge de pépites planantes : le premier single « Inertia », « A stack of fire wood », « Sympathetic magic ». Tellement riche que plusieurs écoutes ne suffisent pas en faire le tour, chaque passage sur la platine révélant son lot de trésors cachés, gageons que ce nouvel effort se bonifiera avec les ans.
En concert le 7 juin à Paris (Café de la danse)


samedi 22 avril 2017

The Buttertones : « Gravedigging »



Troisième album pour cette formation originaire de Californie. De prime abord, tout chez les Buttertones rappelle une formation rétro, entre surf music et rock n'roll garage, un vieux truc de la fin des années 50/début 60, la bande son idéale pour le prochain salon du vintage. Mais au fil des écoutes, un deuxième niveau de lecture (ou plutôt d'écoute en l'espèce) se fait jour. Derrière les roucoulades surf de la guitare (« Morrocan Mansoon ») ou le growl swing du saxophone (« Two headed shark ») on entend un groupe à la précision et à la rectitude toute contemporaine. Le charme du vintage n'est ainsi qu'un vernis cachant une efficacité à toute épreuve. Et puis il y a cette voix, qui hante les chansons qui évoque tantôt un crooner de charme fifties (« I ran away ») tantôt un goth échappé d'une batcave des années 80 (« Pistol Whip », « Sadie's a sadist ») apportant une couleur dark au tableau du couché de soleil sur la plage ("A tear for Rosie"). Dynamitant la sunshine pop par le biais d'influences punk et post punk, The Buttertones nous capture ainsi dans les filets d'une partition unique en son genre.


vendredi 21 avril 2017

Mathis Haug + Cory Seznec, Le New Morning, 20/04/2017.



C'est avec Cory Seznec, une belle découverte, que nous avons débuté la soirée. Ce dernier, guitariste et banjoïste est accompagné d'un excellent percussionniste, avec qui il déconstruit le blues de façon très personnelle à l'aide de guitares désaccordées et « trafiquées » selon ses propres termes, afin d'obtenir un son pour le moins étonnant. Les classiques du blues en ressortent transfigurés, entre expérimentations et incursions africaines. Charismatique et sympa, la paire nous livre un résultat intriguant mais séduisant.

Place ensuite à la tête d'affiche de la soirée, Mathis Haug, venu fêter en trio la sortie de son excellent album « Wild Country ». Particulièrement survolté, extatique, Mathis nous a livré un concert fort en émotions où à de nombreuses occasions la musique est sortie grande gagnante des débats, mené par un trio de musiciens en transe. Stéphane le batteur fait forte impression. Son kit mélange des tomes et cymbales classiques agrémenté d'éléments de récupération assez étonnants. Une vieille valise abîmée fait office de grosse caisse (contre toute attente ça sonne super bien), une boîte de café en fer et une bonbonne d'eau vide complètent le dispositif. Ceci dit seul un musicien aussi virtuose et puissant que Stéphane peut faire sonner aussi bien un tel assemblage de bric et de broc. Sa frappe est puissante (il faut voir les cymbales onduler telles des vagues sous ses coups de baguettes) et pleine de feeling sur des rythmiques ternaires jazzy. Egalement très impressionnant au frottoir, son énergie contagieuse se transmet aux autres musiciens et au public aussi qu'il emporte dans sa transe. Derrière sa guitare, Mathis n'est pas en reste et saute comme un cabri avec un enthousiasme communicatif comme il le dit lui-même : « C'est presque un concert de rock n'roll ». Profitant d'un line-up sortant de l'ordinaire, un clavier remplace la basse, un violon et une deuxième guitare font une apparition sporadique, Mathis exploite toutes les variations qu'offrent cette formation, passant d'ambiances mélancoliques (le violon) servant son propos humaniste (cf. « Luigi ») à un groove soul puissant (le clavier funky) sans oublier un duo de guitares entre blues et rock et un soupçon de country. Après deux heures de road trip immobile au cœur de musiques telluriques, le show s'achève sur une magnifique reprise de « Cortez the killer » (Neil Young) en forme de bœuf improvisé. Magnifique soirée.

jeudi 20 avril 2017

Thornbjorn Risager & The Black Tornado : « Change my game »



Dix albums, la discographie de Thornbjorn Risager commence à être conséquente. En pleine possession de ses moyens, le Danois attaque cette nouvelle phase de sa carrière de manière oblique. S'ancrer dans le blues tout en tournant autour, voilà le défi que s'est imposé le musicien. The Black Tornado, le groupe accompagnant le chanteur est bien fourni, huit musiciens : Cuivres, claviers, guitares et section rythmique sont de la partie, autant de raisons de s'amuser à multiplier les ambiances. Un groupe polymorphe, offrant plein de possibilités, que l'artiste est bien décidé à exploiter à son maximum. Le début de l'album est à ce titre particulièrement évocateur et voit le groupe passer d'une ballade « I used to love you » (un peu trop FM pour être honnête, c'est le seul moment faible du disque) à un titre rock, « Dreamland », particulièrement ardent, toute guitares dehors avant d'enchaîner sur une chanson groove et funky, « Change my game » (c'est le cas de le dire!). Sans oublier la nécessaire note acoustique (« Holler 'n' moan », « Hard time »). Quatre titres sont passés et on ne peut que constater l'étendue du registre de la formation qui trouve sa cohérence dans la voix puissante de son chanteur, Thornbjorn, caméléon vocal aussi à l'aise devant un mur de guitares (« Hold my lover tight ») que dans le dépouillement acoustique ou un ensemble de cuivres funky. Un album tout en nuances fait d'ambiances nocturnes à l'image de sa superbe pochette.

mercredi 19 avril 2017

Cannes Soundtrack




Hier soir, dans le cadre étonnant de la maison Sonos, s'est tenue la soirée de présentation de Cannes Soundtrack. En effet, la musique de film est la grande absente du festival de Cannes. Aussi étonnant que cela puisse paraître, l'art de la bande originale a été récompensé pour la première fois, lors de la première édition de 1946 (victoire de Georges Auric pour La symphonie pastorale, réalisé par Jean Delannoy) avant d'être rapidement abandonné. Pourtant, en marge de la compétition officielle, depuis 2012, sont décernés les Cannes Soundtrack Awards par un jury de journalistes. Qui succédera à Cliff Martinez, lauréat 2016 pour la BO de The Neon Demon (Nicolas Winding Refn) ? Réponse le 27 mai sur la Croisette…


Les nominés 2017 :

The Meyerowitz Stories
de Noah Baumbach

Okja
de Bong Joon-Ho

Aus Dem Nichts (In the fade)
de Fatih Akin

120 battements par minute
de Robin Campillo

The Beguiled
de Sofia Coppola

Rodin
de Jacques Doillon

Happy end
de Michael Haneke

Wonderstruck
de Todd Haynes

Le Redoutable
de Michel Hazanivicius

Geu-Hu (The day after)
de Hong Sangsoo

Hikari (Radiance)
de Naomi Kawase

The killing of a sacred deer (Mise à mort du cerf sacré)
de Yorgos Lanthimos

A Gentle creature
de Sergei Loznitsa

Jupiter's moon
de Kornél Mandruczó

L'amant double
de François Ozon

You were never really here
de Lynne Ramsay

Good time
de Benny & Josh Safdie

Nelyubov (Loveless)
d'Andrey Zvyagintsev


lundi 17 avril 2017

Les Yeux Noirs




Tirant son nom d'une chanson de Django Reinhardt (cela ne s'invente pas), Les Yeux Noirs sort son premier album en 1992. Intitulé « Band of Gypsies », le disque, enregistré dans les conditions du direct, ne fait pas référence au fameux album de Jimi Hendrix mais fait plutôt écho au jazz manouche. Profitant d'une formation particulièrement complète (guitare, contrebasse, violon, accordéon, violoncelle), le groupe mené par les frères violonistes Eric et Olivier Slabiak fait le lien entre les traditions Yiddish (l'accordéon) et Tzigane (le violon). Issus de générations et de cultures différentes (l'Italie, la Belgique, la Bulgarie) les musiciens se retrouvent autour de cette musique si particulière faisant le grand écart, passant de l'euphorie (grâce à son énergie rythmique élevée) à la mélancolie (le duo de violons, le violoncelle) en un instant, jouant avec les émotions des auditeurs. La présente sortie regroupe sur deux cds les deux premiers efforts, principalement instrumentaux, des Yeux Noirs « A band of gypsies » (1992) et « Suites » (1994). Une réédition bienvenue.

dimanche 16 avril 2017

Chocolat, La Maroquinerie, 15/04/2017.

(c) Audrey Canuel

Week-end de Pâques ou pas, c'est toujours le bon moment pour écouter Chocolat ! La recette de ce Chocolat québecois est assez subtile. De prime abord, le goût est fort en bouche (aux oreilles aussi) par le biais de guitares en perpétuelle effervescence sur un tempo mené tambour battant par Evan, le véloce batteur. La basse se faufile dans les interstices laissés libres. Puis, le premier choc passé, le Chocolat révèle toutes ses saveurs. Des dérives vers le free jazz (le saxophone s'époumone) finement amenées, des transitions progressives au clavier nostalgique et planant, puis vint la décharge, le tonnerre de guitares (superbe Rickenbacker demi-caisse), psychédéliques, hypnotiques (le solo de Gibson SG joué le manche collé au pied du micro), répétitives qui tournent et retournent le cerveau. Le chant éthéré, mélodique, haut perché et presque effacé de Jimmy ajoute à la bizarrerie de l'ensemble (les paroles absconses aussi). Punk, garage, psychédélie, progressif, le Chocolat prend une saveur unique. Les influences passées (Stooges, Soft Machine) sont parfaitement digérées en un rendu intemporel et exaltant. Sur disque comme sur scène, ce Chocolat là est excellent !


samedi 15 avril 2017

The Madcaps : « Slow down »



Toujours fidèles au rock n'roll et à sa kyrielle d'influences venues des années 1960, les Madcaps évoluent en douceur avec ce troisième effort à la faveur d'un changement de personnel. Mettant un peu de côté les influences garage et sa cohorte de guitares dégénérées, le groupe évolue sur un territoire pop évoquant parfois les Beatles (« Come » ressemble un peu à « Ticket to ride ») teinté de cuivres groovy ajoutant une note de rhythm and blues dans le cocktail (« Slow down », « Silver & Gold »). Enregistré dans les conditions du live, ce nouvel effort conserve intact le côté brut de leur musique (« Fair enough »). Brut certes mais travaillé (« Le passe muraille »), subtilement arrangé (cuivres, piano, orgue, percussions exotiques et même un surprenant synthé vintage sur "Devil Money" le dernier titre) ; on note également un effort certain porté sur les harmonies vocales auquel on est particulièrement sensible. Pour le reste, l'efficacité est toujours de mise et le quatuor n'a pas son pareil pour tisser de jolies ritournelles s'incrustant durablement à l'oreille (« She's so hot ») pour notre plus grand plaisir. Ralentir le tempo (cf. le titre) leur fait visiblement du bien. Une des formations les plus attachantes de l'Hexagone et une réussite supplémentaire à mettre au crédit de l'excellent label Howlin'Banana.

mercredi 12 avril 2017

Sallie Ford : « Soul Sick »



Après deux albums en compagnie de son groupe The Sound Outside et un troisième disque avec un groupe entièrement féminin, Sallie Ford est de retour avec un premier effort en solo. Autrefois reine du style vintage fortement teinté de rockabilly, Sallie Ford fait montre d'une belle évolution et d'une maturité certaine avec ce nouveau disque. D'une part Sallie reste fidèle au genre qui a fait sa réputation, les stomps énormes de « Loneliness is Power » et de « Middle Child » auraient pu faire partie du répertoire du Sound Outside ; la très belle « Screw up » teintée d'influences sixties. Mais au-delà Sallie teinte sa musique d'influences indie (« Record on repeat » ) ou psyché (« Get out », « Never gonna please ») nettement plus contemporaines et tirant un trait d'union entre passé et présent. L'unité est préservée grâce à la personnalité vocale de Sallie, très en forme ici, qui tient l'ensemble quelque soit le contexte. Si Sallie est au top de sa forme d'un point de vue vocal (comme on l'a constaté précédemment), le moral semble en berne (le titre de l'album est évocateur à ce sujet) et un coup d’œil sur le tracklisting file le bourdon : « Screw up », « Failure », « Hurts so bad » et on en passe… Reste l'album riche de compositions solides, produit au millimètre, faisant évoluer l'univers de l'artiste tout en lui restant fidèle. Une réussite.

mardi 11 avril 2017

Benjamin Schoos : « Profession chanteur »



Nom : Schoos, Benjamin. Profession : Chanteur. A défaut d'une compilation de ses plus grands succès, le Liégeois, cheville ouvrière des excellents Phantom (le groupe maison du label Freaksville) fait son retour avec cet album regroupant des titres issus de ses trois derniers disques en solo. Benjamin Schoos, cheveux gominés et nœud papillon, le charme un peu rétro, un peu passé de mode, le genre de type que l'on retrouve derrière son piano au fond d'une salle de balle désuète. Crooner gauche, romantique déçu déclarant sa flamme de manière maladroite (« Je ne vois que vous », « I love you »), Benjamin Schoos est souvent bien accompagné par Lætitia Sadier (Stereolab) ou April March. Derrière des atours modestes, ses chansons évoquent les amours ratés (« A mort l'amour » comme il dit, « J'ai essayé de t'aimer ») ou le destin ordinaire de gens qui ne le sont pas, qu'ils soient catcheur ou cascadeurs (voire chanteur!). A mi-chemin entre la chanson et la pop, Benjamin excelle dans un registre rappelant pèle-mêle Serge Gainsbourg, William Sheller, Bertrand Burgalat ou Alain Chamfort. La bande-son de la déconfiture sentimentale à écouter un soir de solitude sur « le walk of fame ».


Portrait Mathis Haug


(c) Clément Puig

Si Mathis Haug donne autant l'impression de faire partie du paysage, c'est avant tout parce qu'il a élu domicile dans l'Hexagone depuis fort longtemps : « Je suis arrivé avec ma Mère, après le divorce de mes parents, en 1982 à l'age de 6 ans » après un retour en Allemagne puis un détour par Barcelone, Mathis s'est finalement installé en France, « dans le pays où j'ai suivi toute ma scolarité » autant d'expériences qui lui permettent d'affirmer aujourd'hui « Je suis Européen avant tout ». Pourtant Mathis aimerait bien maintenant percer sur sa terre natale : « Je n'ai pas vraiment de carrière en Allemagne, c'est un très gros marché. Pour les concerts c'est compliqué sauf à jouer dans les bars. Mes deux premiers albums Paying my dues et Distance, on s'est focalisé sur le marché français. Cela devrait changer bientôt, mon nouveau disque Wild Country va être distribuer en Allemagne ». On y trouve d'ailleurs un titre en allemand, « Une langue très douce à mes oreilles », Luigi et c'est une première pour l'artiste: « Cette chanson parle d'un sentiment d'exil que j'ai connu. Assez mélancolique. Luigi c'est le type qui est bien intégré mais qui, dans le fond, reste le vendeur du kiosque, à côté »...



(c) Clément Puig

(c) Clément Puig
Ce nouvel album, somptueux cocktail de blues, folk, country et rock n'roll, a pris naissance de manière assez particulière, après sa participation au festival Rochefort en accords : « C'est un chouette festival ! 20 artistes sont invités, des chanteurs, des musiciens, tous venant d'horizons différents et tous s'accompagnent les uns, les autres. On a voulu reproduire la même chose pour le disque, ne pas trop préparer les arrangements, laisser couler les choses. On a fait un album teinté de country avec des musiciens qui n'étaient pas spécialistes du genre». Ce nouvel album marque ce que Mathis appelle « Une ouverture musicale. J'ai appris la guitare avec le blues et ma musique en est empreinte sans être du blues pur et dur. Je suis curieux d'autres formes musicales. J'aime beaucoup la country car elle raconte des histoires simples de la vie de tous les jours. La musique ne doit pas être enfermée dans un musée et rester vivante avant tout ». Vagues migratoires (Des Miles), exils (Luigi), les thèmes abordés dans ce nouvel effort son parfois assez graves et teintés de mélancolie : « On arrive à l'automne de notre civilisation » constate le musicien. « Où on va ? Notre train de vie nous mène droit dans le mur et le changement fait peur. Où on va ? C'est quand même hallucinant, des gens travaillent et dorment dans leur bagnole, on fabrique des bancs pour empêcher les sdf de s'allonger, notre société est malade. Il y a un truc qui ne fonctionne pas ». Dans ce contexte, la musique fait office d'ultime planche de salut, comme l'artiste s'en explique dans sa chanson Rock n'roll band : « On pousse nos gosses à faire des études, à être les meilleurs. Ils sont diplômés puis se retrouvent à faire complètement autre chose dans la vie. Il n'y a pas de place pour tout le monde, c'est dur. Finalement il ne reste plus qu'une seule chose à faire, prendre une guitare, former un groupe de rock et essayer de s'en sortir comme ça ». Une résolution à laquelle l'artiste s'accroche coûte que coûte : « Jouer mon dû. Cela sera comme ça jusqu'à la fin je pense. Prendre une guitare et jouer le blues. Il y a eu beaucoup de monde avant, il y en aura beaucoup après. Il faut le prendre au sérieux ».



(c) Victor Delfim


Propos recueillis le 02 Mars 2017.
En concert à Paris le 20/04 (New Morning).
Un grand merci à Mathis, Bruno et Sophie.


dimanche 9 avril 2017

Watermelon Slim : « Golden Boy »



Partons aujourd'hui à la rencontre d'un personnage absolument fascinant. Gueule cassée du blues (cf. la pochette) dont le visage ravagé trahit les vicissitudes passées, Watermelon Slim est un cas à part. Né à Boston et installé à Clarksdale (le lieu de naissance du blues sis dans le Mississippi), Bill Homans, de son vrai nom, a vécu mille vies, ancien combattant au Vietnam reconverti depuis en militant anti-guerre et engagé politiquement à gauche (militant socialiste plutôt rare pour un Américain). Watermelon Slim n'est pas à un paradoxe près, récipiendaire du WC Handy Award du « meilleur débutant » à l'age de 56 ans (en 2005) ; bardé de diplômes universitaires, il a pourtant vécu la majorité de sa vie comme ouvrier camionneur, expérience dont il tire aujourd'hui son blues, perceptible dans le chant de sa voix qui se brise un peu plus à chaque chanson. Non Watermelon Slim n'est ni le plus doué, ni le plus virtuose, ni le plus beau (on apprécie à sa juste mesure toute l'ironie du titre « Golden Boy ») mais il est difficile de faire plus authentique. Chez Watermelon Slim chaque mot, chaque note est lourde de sens et vient des tripes à défaut d'être techniquement parfaite. Loin de se complaire après un parcours de vie pour le moins chaotique (il a été battu à mort pour d'obscures raisons) Watermelon Slim tire au contraire de ses expériences passées un disque euphorisant (« Mean Streets », « Northern blues »), s'éloignant parfois du blues au sens strict pour des horizons plus rock (le « Pickup my guidon » d'ouverture), des sonorités celtiques (« WCBN », « Cabbagetown ») ou amérindiennes (« Wolf cry »). Le tout formant une sorte de portrait caché de l'Amérique, celle des SDF et autres laissés pour compte du rêve américain. Excellent dans sa face électrique comme acoustique, up ou down tempo (« Winner of us all »), c'est une révélation !
En concert le 1er juillet (Sunset-Paris) et les 7 & 8 juillet (Cognac Blues Passions)


vendredi 7 avril 2017

AWEK (feat. Fred Chapellier) + Elise and the Sugarsweets, New Morning, 6 avril 2017.



Voilà une soirée que l'on attendait avec impatience faisant le lien entre piliers et nouveaux venus de la scène blues hexagonale.

On commence avec du sang neuf, celui d'Elise & The Sugarsweets, un seul EP pour l'instant et déjà tant de promesses… Le groupe accompagnant la chanteuse n'est certainement pas inconnu des amateurs parisiens de la note bleue. Oliver Raymond (guitare) et les frères Jérôme et Olivier Férrié (basse et batterie) ayant roulé leur bosse dans différentes formations. Ce nouveau groupe les voit rejoindre Sylvain Lansardière (orgue) et la chanteuse Elise Heyte, 19 ans seulement et impressionnante de prestance et de maturité vocale. Sa voix, magnifique, est grave juste comme il faut et véhicule une foule d'émotions. Ce n'est pas Bannish (Blues Power Band) venu se prêter à un duo qui nous contredira. L'expérience et le savoir-faire des musiciens encadrant la fougue de la chanteuse, particulièrement charismatique et énergique sur scène. Le répertoire interprété fleure le bon goût et l'érudition (Magic Sam, Junior Wells, Freddie King, Aretha Franklin) et est parfaitement rendu en termes de feeling et de groove : (rhythm et) blues sont au programme. Seul petit regret, le manque de compositions originales (signalons toutefois la très belle « Road to coal mine » signée du guitariste Olivier) mais ce point devrait évoluer à l'avenir. On a toutefois passé une très belle heure en leur compagnie. Et le groupe a fait un tabac auprès du public.

Avec dix albums au compteur, les Toulousains d'Awek sont une valeur sûre du blues made in France. Leur performance du soir ne fera que confirmer tout le bien que l'on pense d'eux. Leur champ d'action est bien loin de se limiter à un seul style de blues mais va picorer des influences partout où bon leur semble et notamment dans le rock n'roll de Chuck Berry (duck walk parfaitement exécuté mais ne va pas te péter un truc Bernard!). Le swing semblant être la constante grâce à la section rythmique composée de Joël Ferron (basse) et Olivier Trebel (véloce batteur alliant puissance et finesse du touché). L'harmonica de Stéphane Bertolino apporte un plus « roots » indispensable et ancrant ce groupe, assez volage dans le fond, un peu plus profondément dans le blues. Sur une bonne moitié du set, le quartet a été rejoint par le guitariste Fred Chapellier (un renvoi d'ascenseur), une pointure de l'instrument en France, auteur d'une discographie en solo respectable et (accessoirement) accompagnateur de Jacques Dutronc. Musicien magnifique Chapellier possède ce don rare, celui de savoir s'exprimer avec son instrument, ses interventions étant toujours pleines d'émotions palpables. Jamais envahissant, trouvant toujours la note juste et le moindre espace pour s'exprimer, Fred s'est fondu dans le paysage comme un poisson dans l'eau pour le plus grand bonheur (auditif) des spectateurs. Les derniers rappels ont vu tout ce beau petit monde se réunir une dernière fois sur scène pour un mini bœuf, histoire de clôturer en beauté cette superbe soirée.


jeudi 6 avril 2017

Django d'Etienne Comar



Dans la première scène où il apparaît, Django Reinhardt (Reda Kateb) pèche au bord de la Seine puis s'en suit une longue scène, enfiévrée, de concert. En deux séquences, le réalisateur Etienne Comar a défini son personnage. « Son » Django est un type un peu sauvage, un peu solitaire, cherchant à tout prix à maintenir son lien avec la nature et entretenant un rapport quasi fusionnel avec la musique et sa guitare. En inscrivant son récit dans un contexte historique bien particulier, celui de l'Occupation de 1943, Comar drape son film d'un voile anxiogène, installant une tension qui ne disparaît jamais tout à fait et perceptible dans le jeu inquiet de ses interprètes. Django n'est donc pas tout à fait un biopic, mais un récit à moitié romancé (le personnage de Louise de Clerk incarné par Cécile de France est totalement fictif et ressemble à une synthèse des différentes femmes fréquentées par Django) empruntant aux codes du thriller et des films de guerre et d'espionnage. Dans ce contexte, la musique apparaît comme un refuge de joie et de bonheur à l'image de Django se saisissant de sa guitare dès que le besoin de réconfort se fait sentir. Mais le jazz est, aussi, une source de frustration terrible à l'énoncé des règles ridicules édictées par les dignitaires nazis (le blues est interdit, les solos ne doivent pas dépasser les sept secondes) où lorsque ces mêmes nazis interrompent brutalement un concert estimant que « cette musique rend fou ». Django nous conte donc l'itinéraire du personnage durant une période somme toute assez courte, un parcours entamé sous les vivas de la foule d'une salle de concert pleine comme un œuf et qui se termine par une cavale, éperdue et solitaire, seul dans la neige, la guitare sous le bras, ledit instrument se brisant dans la panique ambiante. D'une facture assez classique, mais élégante, Django est porté par le talent et le jeu fiévreux et subtil de Reda Kateb qui s'impose comme une évidence dans le rôle titre.

Sortie le 26 avril.

mercredi 5 avril 2017

Aimee Mann : « Mental Illness »



En dépit de ses vingt-cinq années de carrière, ce n'est qu'à la fin du siècle dernier que le public français à découvert Aimee Mann grâce à la bande-originale de Magnolia, le formidable film de Paul Thomas Anderson (1999). Album au titre et à la pochette (magnifique) évoquant une film d'horreur, un soupçon inquiétant, « Mental Illness » est le onzième effort d'Aimee et le premier depuis cinq ans. Le disque à peine posé sur la platine et les images affluent, des guitares acoustiques, un piano et une fille qui chante : l'album exhale un fort parfum de Californie. Mélancolique sans jamais tomber dans un excès de noirceur, ces onze nouvelles chansons sont belles comme un couché de soleil sur Laurel Canyon. Simple, dans le meilleur sens du terme, l'album, d'une facture classique et intemporelle, aurait pu sortir tel que en 1971. Une valeur sûre.

mardi 4 avril 2017

Eric Bibb : « Migration blues »



Mettant en parallèle le sort d'un citoyen d'Alep, fuyant la guerre et ses horreurs, et celui d'un ancien esclave quittant le sud ségrégationniste à la recherche d'une vie meilleure dans le nord (transhumance qui a donné naissance au Chicago blues), Eric Bibb en arrive au constat suivant, nous sommes tous issus de migrants, de familles qui, à un moment ou à un autre, ont dû partir… Avec la finesse d'écriture et l'élégance qui le caractérisent, Eric Bibb a enregistré ce nouvel album en comité restreint. On retrouve l'harmoniciste Jean-Jacques Milteau, un partenaire de jeu habituel d'Eric, et le multi-instrumentiste (banjo, mandoline, guitare, violon, triangle) Canadien Michael Jerome Brown, la grande révélation du disque. En dépit de son caractère minimaliste, qui incarne à merveille le propos (tous les instruments utilisés sont facilement transportables renforçant cette impression d'exil et de route) ; Eric et ses partenaires livrent un album minutieux, délicat et mélodique, entre folk, blues et country. Mettant l'émotion en avant, les musiciens jouent sur la retenue, à l'image de l'harmoniciste JJ Milteau, discret, jamais envahissant mais aux interventions toujours justes. L'écrin est parfait pour mettre en valeur le chant, grave et doux d'Eric. Une pièce maîtresse supplémentaire dans la discographie de cet artiste, profondément humaniste et toujours prompt à s'émouvoir du sort de son prochain.