vendredi 20 avril 2018

Vanished Souls + Why Mud, le Nouveau Casino, 19 avril 2018.


C'est un joli plateau, autant psychédélique qu'expérimental, totalement cohérent et complémentaire, qui a été réuni en ce jeudi soir au Nouveau Casino. 

On commence avec Why Mud, un quartet que l'on avait repéré avec un premier album très ambitieux (« Adam & Joe ») dont on découvre, enfin, la déclinaison scénique. Mené tambour battant par un batteur très carré et véloce, Why Mud a pour particularité de s'inspirer autant de la scène psychédélique des années 60/70 que de s'en éloigner. Voix plaintive à la Jeff Buckley, entrelacs mélés de nappes synthétiques et de guitares aériennes, le tout sert à merveille de longues compositions à tiroirs tellements profonds que l'on s'éloigne par moment du rock au sens strict du terme. A mi-chemin des idiomes psychédéliques et du progressifs, voici un groupe qui s'éloigne autant de revival qu'il le respecte. Mention spéciale au guitariste au look fleuri qui a débarqué en skate à la salle. Rafraîchissant. 

Cette balance entre progressif et psychédélisme, c'est également tout ce qui fait tout le sel de Vanished Souls, le groupe suivant que l'on a pu admirer sur scène en ce jeudi soir. L'aspect le plus passionnant de la chose est certainement le dialogue établi entre la batterie explosive de Julien, une présence inquiétante au visage masqué, et les guitares aériennes de Svein. Le feu et la glace. Tout part souvent de la batterie solide et carré dont la rafale de doubles croches sonnent le début des hostilités avant que la guitare, au phrasé mélancolique, n'emboîte le pas, montant dans les tours et les watts jusqu'à évoquer le néo métal (« Am your shadow »). Le tout est bien soutenu par une basse énorme (Wilfried) alors que le chant est au diapason, clair doux et aéré ou forçant un peu plus sur les cordes vocales. De subtils, jamais invasifs, et discrets arrangements électro participent à la texture et entretiennent cet aspect enveloppant de la musique. 

Si en matière de rock psychédélique la nostalgie des années 60 et 70 semble être la norme, les deux groupes du soir prouvent qu'il est possible de sonner autrement en ratissant plus large de la fin du 20ème siècle au début des années 2000. 

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mercredi 18 avril 2018

Forever Pavot : « La Pantoufle »



Pour tous ceux qui, à l'instar de l'auteur de ces lignes, aiment autant le cinéma que la musique, ce nouvel album de Forever Pavot s'impose comme une bénédiction. Toujours aussi fondu des années 70, du vinyle et des instruments vintage, Emile Sornin (la tête pensante du projet) imagine un invraisemblable polar à la recherche d'une pantoufle égarée (cf. « La Pantoufle est dans le puit »). Un projet farfelu sur le papier mais porté par une véritable ambition musicale dans la foulée des films des seventies mis en musique par (entre autres) François de Roubaix. Ainsi morceaux anxiogènes, comme la BO d'une poursuite imaginaire (cf. « Les Cagouilles ») succèdent aux scènes porno soft (« Jonathan et Rosalie ») et aux moments de pure fantaisie (« Huître »). Pour mieux souligner son propos, Emile a mis les petits plats dans les grands. C'est une véritable jungle d'arrangements qu'a imaginée le musicien quitte à s'éloigner du rock (clavecin, flûte, percussions etc.) ; les synthés vintage, apport prépondérant mais toujours utilisé à bon escient, apportent une note retro futuriste (« Père », « Cancre »), qui rappelle les productions Tricatel de Bertrand Burgalat (notamment celles pour April March), et qui permet au disque de dépasser le simple revival nostalgique, même si ce dernier est très réussi par ailleurs (cf. la jazzy « Les Cordes »). Une grande réussite ! 
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mardi 17 avril 2018

Un premier clip pour Delgres

Delgres (c) Rémy Solomon

Après avoir vu le magnifique trio de blues créole Delgres en concert (et pris autant de claques à chaque fois) la déception était grande de constater que le groupe n'avait à ce jour jamais sorti le moindre disque. Une anomalie sur le point d'être réparée puisque l'on annonce le premier album du trio pour 2018 dont le premier clip et le teaser viennent d'être dévoiler. Vivement la suite...



lundi 16 avril 2018

A Forest Man : « Into the wild »



Cela commence par un coup de vent glacé… Après des dizaines de groupes, une période de disette éloignée des guitares, et un temps en trio, Olivier, l'homme de la forêt, nous revient seul avec sa guitare acoustique, dans le plus simple appareil, et un titre inspiré d'un film de Sean Penn. L'ambiance est intime, au fil des arpèges délicats de guitare, la voix grave, en quatre minutes et vingt secondes, A Forest Man nous fait prendre un grand bol d'air en musique. La bande son d'un homme apaisé, arrivé à maturité. 

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dimanche 15 avril 2018

Bordelophone, Muzik'Club, Créteil, 14 avril 2018.

Bordelophone (c) RG

Les membres de Bordelophone sont quatre, la moitié du groupe est composée de professeurs issus du conservatoire, de fines gâchettes donc, des pros… On y retrouve de la guitare, de la basse et de la batterie jusqu'ici du classique. L'originalité, l'élément perturbateur est incarné par le trombone. Quel était le dernier groupe à utiliser du trombone ? FFF ? En tout cas l'idée est originale et permet de brasser un large éventail de styles. Le concert commence sur les chapeaux de roues, gros son, l'attaque est à la limite du métal puis vient un pont plus doux, avec une guitare wha-wha délicieusement soul. En quelques minutes à peine, le groupe fait montre de l'étendue de son répertoire. La musique ressemble à une balle devenue folle rebondissant dans tous les coins, cochant les cases au passage, jazz, funk, rock, métal et on en oublie... De la fusion au sens propre du terme. La virtuosité, le mot n'est pas trop fort, des musiciens est mise au service d'une créativité débridée. Un joyeux bordel (ophone bien entendu) mais également aphone, le groupe se passant de vocaux privilégiant une approche instrumentale (enfin presque, le tromboniste beuglant dans le micro de son instrument par moments) passant du calme à la tempête et inversement prenant ses distances avec le songwriting classique, ce qui ne les empêche pas de citer « Kashmir » de Led Zeppelin le temps d'un clin d'oeil sympatique (cf. « Del Pez »). Un concert euphorisant et festif, une belle découverte dont le premier album sort « très bientôt ». On l'attend avec impatience. 

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samedi 14 avril 2018

Dragon Rapide : « See the big picture »



De tous temps, le trois a été le numéro magique du rock. Source de fantasmes, le trio est peut-être bien l'épitomé du rock n'roll. A trois, l'équilibre est précaire, la dynamique précieuse, tout le monde est à fond ou tout le monde se plante, ensemble. A fond, les trois membres de Dragon Rapide le sont certainement. La tension qui anime le groupe, le feu intérieur, l'auditeur l'entend tout au long de ce premier album. Rien de bien perceptible au demeurant, mais une sorte de menace qui plane au-dessus des enceintes, une épée de Damoclès pendue aux oreilles, et perceptible dans la moindre descente de batterie, le plus infime frottement de cordes. Résumons, si trois est le chiffre magique, les ingrédients nécessaires à tout bon disque de rock sont au nombre de deux : le son et les chansons. 3X2, équation magique mise en pratique ici. Les chansons donc, sont plutôt d'obédience power pop, héritières d'une lignée commencée avec Big Star, poursuivie avec Weezer et Nada Surf, le tout fleure bon les années 1990. Mais, tout comme le monde ne s'est pas arrêté de tourner au changement de siècle, les membres de Dragon Rapide ont gardé les oreilles grandes ouvertes pour mieux s'emparer de leur répertoire avec la fièvre d'un groupe de garage, un son de guitare sale et saturé, pour mieux vitrioler leurs compositions aux refrains sucrés, repris en coeur. De son côté, la basse tricote des lignes énormes rappelant la cold wave ajoutant une touche de noir dans le tableau. On est séduits, il va sans dire. 

En concert le 17 mai à Paris (Truskel)
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mardi 10 avril 2018

Nathaniel Rateliff & The Night Sweats, Le Trianon, 09/04/2018.


Nous avons vécu un grand moment hier soir. Dans le cadre magnifique du Trianon, Nathaniel Rateliff et son groupe The Night Sweats, qui porte bien son nom tant il nous a donné des sueurs nocturnes, ont défendu avec une ferveur exceptionnelle leur nouvel album (chronique à venir bientôt). La formation compte huit membres : basse, batterie, guitare, cuivres et clavier. Un dernier membre alterne entre percussions et saxophone. Le groupe semble ancré dans une tradition soul sudiste, le genre qui démange les articulations, les cuivres bien pêchus et la rythmique au bord de l'apoplexie ; un idiome qu'ils attaquent avec la rage d'un groupe de garage rock tout en privilégiant le feeling. Quelques titres plus calmes, et même interprétés seul à la guitare acoustique rappellent l'enracinement de la musique folk de Nathaniel qui a lui-même débuté dans la carrière par le folk. La musique prend une toute autre ampleur accompagné par le groupe, Rateliff peut alors se laisser aller à son charisme naturel, sa coolitude détachée et son jeu de jambes tout en glissades mortelles (grande concurrence toutefois du bassiste à ce niveau). Mais Nathaniel Rateliff c'est aussi coffre ultra-puissant qui scotche sur place, l'émotion et le feeling coulent à flots. Ainsi la performance du soir fonctionne sur le même principe qu'une cocotte minute, la pression monte au fur et à mesure pendant une grosse heure avant qu'une euphorie contagieuse se propage dans le public, tout le monde debout, les bras en l'air pendant « I need never get old » et le climax atteint pendant le dernier titre « S.O.B » repris joyeusement en cœur par la foule bien après que les musiciens aient quitté la scène. Le meilleur moyen pour les faire revenir avec une merveilleuse reprise d' « Atlantic City » (Bruce Springsteen) mettant en valeur la similitude vocale entre les deux chanteurs. Un grand moment, on vous le dit ! 

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dimanche 8 avril 2018

Shaggy Dogs : « All inclusive »



Dans le jargon des voyagistes, « All inclusive » signifie « tout compris ». C'est également le titre du nouvel effort des Shaggy Dogs et, à l'écoute de ce dernier, on peut affirmer que le disque est également « tout compris », en termes de frisson rock n'roll, en même temps que les membres du groupe ont tout compris. Car notre bande de chiens préférée est de retour, et en très grande forme s'il vous plaît ! L'amateur de bon vieux rock n'roll ne sera pas dépaysé ici, la section rythmique pratique un subtile alliage entre groove et puissance d'execution (« Watch out »), chant de gorge mordant de Red le chanteur/harmoniciste, et la guitare dézingue tout sur son passage ("Link Wray"). Le clavier (piano ou orgue) apporte du liant, une note de boogie woogie survolté (« Swingin' high and low ») et un surplus de groove ; comme un rugissement de moteur venu du garage rock n'roll pour assourdir le pub. Produit par Gary Bromham (au C.V. prestigieux et long comme le bras : U2, George Michael, Björk) ce nouveau disque voit le groupe se recentrer sur ses acquis, le blues (« Tired of it all ») et le rock n'roll furieux (« Blues steady ») tout en tentant une ouverture vers le rock latino (« El dia de los muertos ») ou le reggae ("Time to go"). Ainsi, le monde musical des Shaggy Dogs semble circonscrit aux années 70 mais le questionnement qui anime le groupe est tout à fait contemporain comme le prouve le « Facebook Fury ». Un album euphorisant qui annonce des concerts explosifs… 

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Hugh Coltman : « Who's Happy ? »



Depuis qu'il a accepté, un soir de 2012, de remplacer la chanteuse Krystle Warren (par ailleurs présente sur ce disque) aux côtés de l'excellent pianiste Eric Legnini, la carrière de Hugh Coltman a pris une tournure aussi inattendue qu'une improvisation jazz. Jusqu'ici le Britannique de Montreuil s'était fait connaître dans un registre pop folk assez éloigné du jazz. Puis il y a eu le disque de reprises de Nat King Cole, un franc succès et une Victoire du Jazz en 2017 à la clé (Voix de l'année). Et voilà Hugh lancé sur le chemin du swing. La suite de l'histoire s'est écrite à la Nouvelle-Orléans où Hugh a posé ses valises le temps d'enregistrer ce nouvel album en compagnie de quelques fidèles, le guitariste Freddy Koella (un français exilé depuis des années), le batteur Raphaël Chassin et quelques pointures locales. L'amalgame entre la culture européenne et louisianaise fonctionne à plein régime. Hugh s'est totalement fondu dans le paysage et a créé l'écrin parfait pour mettre sa voix en valeur, tantôt crooner de charme au timbre séducteur et mélodique (« Sugar Coated Pill », « Ladybird ») ; tantôt félin sur un registre plus rageur (la magnifique « It's Your Voodoo Working »). Car c'est une idée de génie qui se cache derrière ce disque adapter le son de la Nouvelle-Orléans, cet étrange état entre groove joyeux et profondeur des sentiment, à sa personnalité et à son vécu («All Slips Away » sur la maladie de son père, « Little Big Man » pour son fils). Hugh atteint ici une note très émouvante, tant les musiciens neo-orléanais savent transformer les peines en swing positif (cf. « Resignation Letter », superbe). Who's Happy ? nous demande Hugh Coltman. L'auditeur évidemment à l'écoute de cet album entre chien et loup. Excellent. 

En concert le 12/04 à Paris (Bataclan)

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vendredi 6 avril 2018

Barton Hartshorn, Le Zèbre de Belleville, 05/04/2018.


C'est dans le cadre boisé, intime et magnifique, ressemblant à l'atmosphère d'un vieux cirque, du Zèbre de Belleville que le Britannique Barton Hartshorn a fêté la sortie de son album. Un évènement attendu à plus d'un titre. Déjà parce que l'album nous avait fait forte impression à sa sortie et on ne se lasse pas de l'écouter malgré le flot incessant de sorties, toujours un bon signe. Ensuite, le concert se faisait un peu attendre tellement on avait hâte de découvrir la déclinaison scènique de ce magnifique album. Et on n'a pas été déçus ! Pour se mettre au diapason de l'évènement, Barton s'est donné les moyens de ses ambitions et a rassemblé un remarquable groupe de musiciens. Ils sont donc huit à tenir sur scène, malgré l'exiguïté du lieu, une gageure ! C'est une formation très complète, piano, guitare, basse, batterie, percussions et cuivres, qui se présente sur scène avec une ambition très haute, celle de recréer l'ambiance pop/folk/FM américaine des années 1970 en prenant pour modèle des formations comme Steely Dan (dont il a repris le titre « My old school », quelle guitare soit dit en passant !) ou Supertramp. Soit une pop de haut vol servie avec un sens certain de la virtuosité et un doigté très sûr. Et sur ce plan spécifique on a été particulièrement bien gâté ! Un véritable bonheur que d'écouter ces musiciens ! Dès les premières notes, l'auditeur est transporté sur une highway rêvée et ensoleillée, la muscle car fonce, les cactus défilent sur le bas côté… Mais le concert met également en valeur les racines folk de la musique de Barton et, en portant une oreille attentive aux paroles, on découvre une galerie de personnages attachants, du menteur invétéré imaginant des extra-terrestres dans son jardin, au pauvre type dont la vie est détruite par un email reçu en pleine nuit. Pour ne rien gâcher, sur scène Barton, parfaitement francophone, fait preuve d'un véritable charisme naturel, il prend son pied, ça se voit et c'est contagieux, et de beaucoup d'auto-dérision façe aux piques de son batteur (un chambreur celui-là) qui ont animé le show. Très classe comme soirée. 

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lundi 2 avril 2018

The Limiñanas : « Shadow People »



Ce nouvel album du duo est placé sous l'égide de deux figures légendaires du rock : Anton Newcombe (Brian Jonestown Massacre) qui le produit et Peter Hook (le bassiste de Joy Division) qui joue sur l'excellente et très cold-wave « The Gift ». En allant chercher de telles collaborations, The Limiñanas a eu une idée de génie ou, au moins, la meilleure de l'année ! Effet collatéral, le disque résussit un grand écart, impensable, entre le rock psychédélique d'ici, l'ombre de Gainsbourg circa « Melody Nelson » plane lorsque Lionel Limiñana s'empare du micro (cf. « Le premier jour », « Trois bancs »), et aussi de là-bas, puisque Anton chante également sur l'album qui, soudain, sonne comme un inédit du BJM (cf. «Istanbul is sleepy ») ! Une nouvelle sacrément excitante pour les fans et une influence constante sur le disque en forme de trip marqué par les musiques du monde (cf. le bouzouki présent sur tous les titres). Pas question cependant de passer sous les fourches caudines anglo-saxonnes, l'album ne renie en rien son identité française, Bertrand Belin (cf. « Dimanche »), Pascal Comelade et Emmanuelle Seigner (cf. « Shadow people ») venant se joindre à la fête. Comme les meilleurs crus du BJM, « Shadow People », s'impose comme un classique immédiat captant l'essence des sixties, l'esprit aventureux, le chaos bordelique, les motifs répétitifs entêtants et hypnotiques (cf. « Pink Flamingos »), pour impulser une dynamique tout à fait contemporaine. Excellent ! 

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dimanche 1 avril 2018

Standing at the gates : The Songs of Nada Surf's Let Go



A bien des égards, les albums hommages sont souvent décevants et pèchent principalement par un manque de cohérence ou une logique trop commerciale plombant les projets, forcéments décevants pour les fans du groupe en question. Nous, ici, on aime beaucoup Nada Surf, que l'on suit régulièrement et que l'on a, maintes fois, applaudi en concert. Aussi, on ne pouvait que poser une oreille curieuse et un peu méfiante, eu égards aux réserves évoquées plus avant, sur cet album de reprises de « Let Go », le troisième effort du trio new-yorkais, qui arrive comme un retour de manivelle, le groupe s'étant également essayé à l'exercice de la reprise avec « If I had a hi-fi » sorti en 2010. Première constatation, l'ordre originel des chansons n'a pas été respecté, et, deux titres, « End Credits » et « Run », n'ont pas trouvés preneurs. Il s'agit donc d'une sorte de « recréation originale » du disque, qui en respecte plus l'esprit que la lettre, une œuvre à part entière et c'est donc ainsi qu'il convient d'apprécier cet album. En un quart de siècle de carrière, Nada Surf s'est construit, lentement et au fil du temps, une figure de parrain sur la scène indie/power-pop. Et c'est précisément ce que l'on retrouve dans le casting qui figure au générique : Ron Gallo (magnifique reprise mi-soul mi-punk de « Happy Kid »), The Texas Gentlemen (« Inside of Love »), Aimee Mann (« Paper boats », sublime)… Même le titre en français du disque « Là pour ça » a été repris, courageusement, en version cabaret électro par Aida Victoria, et même pas peur ! En quinze ans, le panorama musical a bien changé et c'est ce qu'illustre, en creux, cet album, de surprenants arrangements électro s'invitant à la table anniversaire « Blonde on blonde » (par Rogue Wave), « Killian's red » (Holly Miranda) et l'excellente « Hi-speed soul » dont la version par The Long Winters, est étonnamment dark par rapport à l'originale et teintée de cold-wave 80s (rappelons que sur scène, à l'époque, le trio s'amusait à intégrer un bout de Joy Division au milieu de la chanson) ; Nine Inch Nails n'aurait probablement pas fait mieux… Enfin on a un petit coup de cœur pour la relecture rageuse de « The way you wear your head » par Charly Bliss. Sorti en 2002 « Let Go » a toujours fait figure de renaissance pour le groupe qui sortait d'un divorce douloureux avec son label (une major) de l'époque. Un album important donc, doublé d'une grande réussite artistique. Même si Nada Surf a connu des hauts avant (The Proximity Effect) et après (les deux derniers efforts studio du groupe « The stars are indifferent to astronomy » et « You know who you are » sont de très haute tenue), « Let Go » a toujours occupé une place à part dans le cœur des fans et du groupe lui-même. Sans doute la raison pour laquelle ils ont accepté d'en confier le répertoire à d'autres pour un résultat varié et surprenant (« Neither heaven nor space » façon western par William Tyler) mais toujours réussi.

samedi 31 mars 2018

Drame, FGO Barbara, 29 mars 2018.


Drame incarne une tendance assez présente ces temps-ci, celle du groupe qui, tout en revendiquant un héritage rock, a décidé de se passer de guitares. De fait la musique de Drame (la formation est totalement instrumentale) s'apparente à un grand voyage dans le temps et le style, où l'héritage des années 1970 est totalement intégré et réinventé. On y retrouve des traces de rock, progressif et psychédélique ; le tout est teinté d'un soupçon de cold wave des années 1980. Mené par le bassiste Rubin Steiner, la formation, complétée par un batteur et deux claviers, pratique une musique planante, parfois traversée d'éclairs et de fulgurances rock, jouant sur la répétition hypnotique et une balance parfaite entre électricité et électronique qui donne sa pleine mesure sur des morceaux assez longs, transportant le spectateur dans un entre-deux étrange, un toubillon de sons donnant le tournis. En fin de set, un saxophone livre un couche supplémentaire free jazz. Une telle musique gagnerait certainement à être plus mise en scène. Même si le light show du soir est parfaitement exécuté et prolonge l'expérience sur le plan visuel, des décors de scène et des projections compléteraient utilement le tout pour en faire une expérience sensorielle totale. En attendant, Drame reste un groupe attachant, aussi efficace sur disque que sur scène. 


Moonlight Benjamin + Dyna B, le Petit Bain, 28 mars 2018.



Barge flottante posée sur la scène, le Petit Bain porte fièrement son surnom d' « île dans la ville » en ce mercredi soir en nous proposant une soirée haïtienne. 

On commence avec la chanteuse Dyna B qui se produit en trio acoustique, guitare, piano et cajon. Sur scène la formation se fait forte d'aborder plusieurs genres, du jazz, de la soul, du blues sous un angle parfois assez original, du reggae au piano, c'est bien la première fois que l'on entends cela. Quelque soit le flacon, l'ivresse du swing, du groove est la même et le tout magnifiquement incarné en voix par la chanteuse. Une belle découverte. 

Changement radical d'ambiance ensuite avec la chanteuse haïtienne, mais installée en france depuis le début des années 2000, Moonlight Benjamin, dont l'album « Siltane » est sorti le 23 mars dernier. Présence électrique sur scène, la chanteuse n'a pas son pareil pour faire monter de plusieurs degrés la température tout au long du concert qui, peu à peu, se transforme en une sorte de pétage de plombs collectif du public. Il faut dire qu'elle donne de sa personne Moonlight. Authentique prêtresse vaudou, la chanteuse est totalement possédée par sa musique, laquelle n'est pas avare en groove, des percussions renforçant la batterie. Le reste de la formation est plus classique, guitare et basse, et navigue dans les eaux bouillonnantes du garage rock, et du blues heavy, la chanteuse incarnant la créolité de la démarche par le biais de son chant grave et puissant en créole vernaculaire. Les pieds nus, Moonlight ne semble jamais s'arrêter de danser alimentant la marmite en constante ébullition. Le sommeil va être difficile à trouver après un show pareil… 

Facebook Dyna B
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mardi 27 mars 2018

Otis Stacks, FGO Barbara, 20/03/2018.


Otis Stacks profite du concert du soir pour tester une nouvelle formule. Très pris par ses activités de DJ/producteur, Just Mike, la moitié musicale du duo, ne pourra être présent sur toutes les dates de la tournée. C'est donc seul, esseulé au milieu du public, blanc comme un linge, et peut-être encore plus stressé que s'il était sur scène, que le claviériste a assisté à la performance du soir. Sur scène, on retrouve donc le chanteur Elias Wallace, incroyable de charisme et une voix magnifique, accompagné par un batteur et un guitariste/bassiste. Un élément live obligatoire sans lequel le concert se résumerait à un play-back orchestre. Crooner classieux, mais aussi à l'aise niveau rap, Elias trouve ainsi un accompagnement à sa mesure. La musique gagne en groove, un plus indéniable, qui se propage dans le public au moment où le groupe attaque le magnifique « Take your coat off » dont on ne s'explique toujours pas l'absence sur l'album. Autre grand moment, « Fashion Drunk », chanté un verre de whisky à la main, cela ne s'invente pas ! Belle soirée. 
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lundi 26 mars 2018

Ben Harper et Charlie Musselwhite

On pensait que leur, excellent, premier album "Get Up" (chronique ici) resterait sans suite, et c'était une magnifique erreur ! Le duo Ben Harper et Charlie Musselwhite est de retour ! Intitulé "No Mercy In This Land", ce deuxième effort sortira le 30 mars prochain. En attendant, les deux musiciens décrivent leur lien musical et le sens de leur démarche dans le mini-doc qui suit :

lundi 19 mars 2018

Jeu Barton Hartshorn


Son album (chronique ici) a été l'un de nos coups de cœur de cet hiver, il sera en concert le 5 avril prochain et on a des places (3x2) à vous faire gagner !

Pour participer rien de plus simple, il suffit d'envoyer vos noms et prénoms par email en précisant "jeu Barton Hartshorn" dans l'objet à l'adresse suivante : myheadisajukebox@gmail.com et les trois plus rapides empochent le gros lot.

Les places seront à retirer le soir du concert.

dimanche 18 mars 2018

Don Pauvros de la Manche de Guy Girard.






Le Festival Les Monteurs s'affichent c'est toujours l'occasion de découvrir des films rares, indépendants, produits hors des circuits habituels. Réalisé en 2015, jamais sorti officiellement en salles, faute de distributeur, et ayant, jusqu'ici, connu une diffusion confidentielle, de fait, « Don Pauvros de la Manche » s'inscrit parfaitement dans la démarche déchiffreuse du festival. C'est donc une occasion unique qui nous est donné de découvrir le métrage sur grand écran, en salle, dans le cadre magnifique du Luminor. 





Don Pauvros de la Manche, c'est donc lui, Jean-François Pauvros, un grand dadais dont la silhouette dégingandée rappelle vaguement celle de Joey Ramone. Un sacré personnage, seul sur une plage désertée de la côte d'Opale, luttant contre les éléments sa guitare en main, lequel instrument, entre ses doigts, produit des sons pour le moins étranges. Et cela fait grosso-modo quarante ans que cela dure, puisque Jean-François est une figure de la scène avant-gardiste (free voire noise, il paraît même qu'il a joué avec Sonic Youth !) Du manque de moyen, le réalisateur Guy Girard a fait une force. Son film n'est pas un documentaire classique, racontant le parcours du musicien, ses débuts et ses grands faits d'armes. Traversé d'un souffle poétique, le film est plutôt une plongée dans le quotidien du musicien. Voire même dans l'univers du guitariste tant le personnage est lunaire, décalé, et, finalement, assez drôle et profondément attachant. Un type qui se réjouit de se prendre une décharge électrique, une expérience magnifique selon la sensibilité, perchée, qui régit son petit univers. Evidemment ce genre de personnage ne peut produire qu'une musique hors-norme ce que traduit parfaitement le métrage. Les séquences de concerts filmés, parfois assez extrêmes (cf. « Le mur du son » avec Arto Lindsay) alternent avec des plans sur paysages éthérés mettant en valeur la nature, la mer ou l'orage, surlignant la prise directe de la musique de Pauvros avec les éléments, entrecoupés d'instants pris sur le vif où le musicien se lance dans de grandes réflexions existentielles. Charmant et poétique, ce film est une bouffée d'oxygène, une respiration d'air frais dans un monde étriqué. Ne ratez pas la prochaine projection !






mercredi 14 mars 2018

DD'S Brothers : « From the day till the dawn »



Après un premier album d'excellente facture (« We got the law » en 2015), la formation remonte la barre avec un deuxième effort encore plus réussi et soulful. Le groupe repose sur une alchimie entre deux voix celle de la chanteuse, d'origine congolaise, Dora Kuvuna qui répond au timbre grave du chanteur californien Dorien Smith. Comme un duo entre la regrettée Sharon Jones et Lee Fields qui durerait le temps d'un disque. Hélas, le disque n'exploite pas au maximum le concept et les voix alternent plus qu'elles se répondent (le chanteur paraissant même un peu effacé en l'espèce). Dommage. Il n'empêche, en vernissant ses compositions d'une irrésistible couche vintage/sixties tout en privilègiant une dynamique et une production comptemporaines (un peu comme Amy Winehouse en son temps) les DD'S Brothers accouchent d'un album d'une qualité égale à celle de ceux sortis par tous les labels branchés d'outre-Atlantique. Une réussite en forme de petit coup de coeur soul du moment. 

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mardi 13 mars 2018

Coby de Christian Sonderegger



Une jeune adolescente, l'air garçonne, s'installe devant une webcam : « J'ai une histoire marrante à vous raconter... » Un homme, infirmier, est dans une ambulance ; un bébé convulse. Montage épileptique, son assourdissant, la scène est d'une grande tension, accentuée par la violence sonore. Le spectateur est perdu et ne saisit pas tout à fait les tenants et aboutissants de l'histoire. Les extraits youtube, dont celui du pré-générique, constituent le fil conducteur du film, entrecoupés d'interviews récentes. L'adolescente du début et l'homme devenu infirmier sont la même personne. Coby. Le documentaire conte l'histoire d'un changement de sexe au cœur du midwest étasunien. On appelle cela une transition. Au fil des interviews on réalise quelle chance Coby a eu de grandir dans une famille aussi aimante et au style de vie alternatif, une fois passée la stupeur initiale. Les parents sont fermiers. Une enfance au grand air, à la campagne et sans école (« un truc fait pour rentrer dans des cases » dixit le Père). En creux, le métrage brouille les cartes. La Mère apparaît étonnamment masculine, le Père affiche des attitudes, des gestes paradoxalement féminins. Cette famille, cette transition, le réalisateur Christian Sonderegger possède un point de vue unique pour les filmer. Il est le demi-frère de Coby. Il fait partie de la famille tout en ayant grandi loin d'elle, en France. Son filmage est unique, la caméra frôle l'intime, les mains du Père et du fils les doigts entremêlés, les pieds sous la douche, tout en restant à distance, avec pudeur. Le résultat est très touchant. Une belle soirée organisée en avant-première du festival "les monteurs s'affichent".

Sortie le 28 mars 2018.

dimanche 11 mars 2018

The Amazing Keystone Big Band, Salle Pleyel, 10/03/2018.


Le big band jazz s'attaque au répertoire de Django Reinhardt et, après un album sorti à l'automne dernier, investit la mythique (et superbement art déco) Salle Pleyel le temps d'une soirée exceptionnelle consacrée au guitariste manouche. Le défi est de taille, prouver que les compositions du guitariste virtuose peuvent s'adapter au contexte d'un big band, à la fois plus ample et plus électrique (cf. « La flèche d'or ») que la configuration originale. Avec toute une pléiade d'invités, tous plus virtuose les uns que les autres (Stochelo Rosenberg, Stéphane Guillaume, Rocky Gresset etc.) l'orchestre remplit ainsi sa gageure avec talent, réinventant le swing du guitariste dans un esprit plus free, aventureux, les compositions gagnant en longueur au fil de soli inspirés (guitare, saxophone soprano, accordéon, violon, piano etc.) Ainsi la guitare (parfois électrifiée) est, de temps en temps, absente des débats, parti-pris étonnant (il s'agît d'un concert hommage à un guitariste après-tout) sur quelques titres, mais garant de cet esprit de renouvellement, au-delà de l'hommage. Grand absent de la soirée, le violoniste Didier Lockwood (disparu le 18 février dernier) et qui avait joué sur le disque, a vu sa mémoire honorée le temps d'une magnifique reprise de son classique jazz/funk/rock « The Kid » en clôture de la soirée. 


Red Money : « Shake, burn and love »



Ce deuxième album voit incontestablement le duo passer à la vitesse supérieure. Voici le genre de disque qui amène à se poser certaines questions. Quelles sont, intrinsèqument, les principales qualités d'un bon disque rock ? L'engagement des musiciens, la tension qui s'accumule avant que la rage n'explose dans un déluge de guitares saturées ? Autant de cases remplies ici par le groupe : Secoue, brûle et aime tout est dit dans le titre. Tout juste si la transpiration ne coule pas à travers les enceintes. Délaissant la boite à rythme des débuts pour une véritable batterie, tenue de main de maître, le groupe gagne au change, partant dans de longues dérives heavy/psyché où alternent tension et détente (« Henry teardrop ») et gagne un surplus de swing au passage (l'excellente « Sickman »). Une souplesse rythmique mise à profit lorsque les watts et le tempo baissent d'un temps, le groupe se révèle alors excellent dans un registre blues fantomatique (« Drunk Love », « Shine & Rise ») et déglingué dans un registre pas si éloigné des productions fat possum (« Shades of sorrow »), maîtrisant à la perfection ce feeling si particulier. Une claque rien de moins ! 

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samedi 10 mars 2018

Vanished Souls



Si le rock doit rentrer dans des petites boîtes, alors les membres de Vanished Souls (VS) vont se constituer une sacrée collection. Car, prenant le contre-pied d'un mode vintage à tout va, le quatuor intègre ses influences psychédéliques et progressives dans une dynamique contemporaine qui va bien au-delà du revival. L'ombre de l'idiome progressif est ainsi prégnante tout au long de l'album. Une question d'ambiance, d'ampleur sonore et de voix éthérée (« You're not alone », « Between us and everything », « No Suffering »). Mais le groupe a réussi à faire sienne cette influence et brasse finalement plus large, musclant son jeu de guitare au point de rappeler la vague néo-métal du début du siècle (la grandiloquente « Am your shadow ») ou intégrant quelques éléments froids qui nous ramène vers une vague électro assez glaçante (« Nauseous »). Un disque assurément ambitieux et produit avec soin mais qui n'évite malheureusement pas quelques fautes de goût à l'image des claviers/trompettes kitsch qui ornent le premier titre (« Ghosts »). Un petit défaut, certes malheureux car placé en début de disque, qui n'obère pas la réussite de l'ensemble à l'instar de « Silencio » la magnifique plage qui clôture l'album sur une note cinématographique. Une manière de dire que l'histoire se termine mieux qu'elle n'avait commencée. 

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vendredi 9 mars 2018

Festival Les Monteurs s'affichent


Du 14 au 18 mars, dans la salle du Luminor Hôtel de Ville, se tient un festival de cinéma mettant en valeur le métier de monteur. Huit films sont au programme, huit projections suivies d'un débat avec le monteur du film qui éclairera d'un jour nouveau ce métier de l'ombre. Début des festivités le lundi 12 mars avec l'avant-première du film "Coby" et à ne pas rater, le 17 à 16h30 "Don Pauvros de la Manche" consacré au guitariste Jean-François Pauvros.

Tarif unique de 7,50 €

La Bonne Aventure festival les 23 et 24 juin à Dunkerque


Sublime affiche pour un festival qui s'annonce bien !

jeudi 8 mars 2018

Antoine Elie



Des mains, baguées, tête de mort, photographiées en noir et blanc s'affichent sur la pochette. Un artefact rock n'roll en diable représenté sur un simple cliché. Et pourtant à l'écoute le résultat s'avère bien différent. Un fond électro omniprésent, la guitare releguée en arrière plan pour les arrangements, une façon de jeter les mots dans la fournaise qui rappelle le hip-hop et des textes soignés trahissant un amour de la chanson française. Et puis il y a voix, de gorge, éraillée et profonde, qui interpelle et révèle bien des fissures. Difficile d'imaginer que le chanteur n'est âgé que de 28 ans. Mystérieux et intriguant. 

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mardi 6 mars 2018

Teorem : « Terminus Montparnasse »



Entre électro, slam, chanson et hip-hop, Teorem se charge de souffler un vent nouveau sur la langue de Molière. Grâce à la présence de quelques guitares et d'une véritable batterie, un inconstestable plus en matière de groove, la musique de Teorem, bien que très marquée par l'électronique, réussit a se maintenir en équilibre, évitant de tomber dans une démarche trop froide, et maintient la balance entre organique (« Le jour et la nuit ») et électro. La formule marche particulièrement bien sur « Je pense donc je fuis » ou « Le roi des croches ». Si on émets quelque réserves sur la musique, en revanche, on adhère à sa plume. Teorem sait jouer avec les mots. Ces derniers claquent et, au fil des titres, dressent un portrait tendre de la Capitale (« Dessine-moi une esquisse de la Tour Montparnasse ») et des « Barbie de Barbès » qui peuplent cette dernière. 

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lundi 5 mars 2018

Gloria : « Oîdophon Echorama »



Ils nous avaient scotchés avec leur premier album « In Excelsis Stereo », les très mystérieux Gloria, très peu d'informations circulent sur ce groupe totalement absent des réseaux sociaux, sont de retour avec un nouvel effort de six titres, un format bizarre à mi chemin de l'EP et de l'album. Petit rappel des faits à l'attention des nouveaux arrivants, Gloria c'est, d'une certaine manière, une façon de la boucle. Une formation fantasmée où les girls groups (trois chanteuses et autant d'occasions de multiplier les harmonies vocales) du début des années 1960 rencontrent le rock psychédélique de la fin de cette même décennie, essayez d'imaginer Phil Spector se débattant avec sa bouée dans une cuve d'acide. Bon ben voilà Gloria c'est ça. Sauf qu'avec ce nouveau disque, la formation (dans laquelle on compte quelques membres du Ginger Accident, qu'on aime beaucoup aussi par ici) franchit un pas supplémentaire dans la dinguerie sonore, et truffe ses chansons de percussions bizarres et de soli alambiqués à la limite de l'expérimentation (cf. « Mama milker », "Bad cat"). Multipliant les fausses pistes et les chausses trappes au détour de compositions à tiroirs (cf. « The rain is out »), ce nouvel effort sonne comme une orgie baroque. On est totalement accros.

En concert le 8 mars à Paris (Olympic Café)


dimanche 4 mars 2018

Barton Hartshorn : « I died of boredom and came back as me »



Je suis mort d'ennui et je suis revenu en étant moi-même. C'est le titre, à rallonge de l'album, mais c'est aussi toute l'histoire que nous raconte le nouveau disque de Barton Hartshorn. A savoir celui d'un cuisinier exilé en Australie à la vocation, contrariée, de musicien. Ce disque respire l'optimisme, grâce, à des mélodies, labellisées seventies, aussi lumineuses qu'un lever de soleil sur une plage californienne. Les chansons s'enchaînent donc, sans remplissage, limpides dès la première écoute : groove délicat, chaleur acoustique, dextérité du piano (électrique ou acoustique) et de la guitare électrique, superbes arrangements à base de cuivres ou d'harmonica, l'écrin est idéal pour la chant ouaté et émotif de Barton. L'ensemble sonne comme la playlist 70s d'une radio FM californienne sur laquelle on serait tombés par hasard, enchaînant perles sur perles. D'autant plus étonnant que Barton est anglais et que son dernier effort a été enregistré en France en compagnie de nombreux musiciens français. De quoi phosphorer des heures sur le pouvoir d'évocation d'une mélodie... D'une grande cohérence, le disque s'impose, titre après titre, comme un classique immédiat aux lignes mélodiques pures que l'on ne saurait réduire à son aspect rétro, rock fm 70 ; car, comme le chante Barton, en ouverture : « Everything is better than before » soit tout est mieux maintenant. Intemporel et à découvrir séance tenante. 
En concert à Paris le 5 avril (le Zèbre de Belleville)
https://fr-fr.facebook.com/BartonHartshornMusic/
http://bartonhartshorn.com/


samedi 3 mars 2018

Drame : « 2 »



Le Drame est de retour. Deuxième album donc pour cette intriguante formation instrumentale située à la croisée de chemins contraires et au line-up peu commun à la fois classique (basse, classique) et expérimentale (trois synthés). On évitera donc avec soin d'évoquer certains styles musicaux, récusés par le groupe, pour se concentrer sur l'essentiel. A savoir une musique hybride, certes synthétique, mais aussi au son très chaud, grâce à la section rythmique et à cette basse énorme (cf. « Poésie parfaite », « Défonce humanitaire »), et surtout très entêtante, hypnotique, répétitive, jouée en live. Alors que les titres défilent, l'effet secondaire du Drame, se fait sentir, avec, comme symptôme principale, une perte des repères. On ne sait plus très bien où l'on se trouve. Dans le passé ? Le groupe recyclant avec habilité toute une foule d'influences et deux trois trucs assez cools que nous ont laissés les 70s et les 80s ? Ou bien alors les deux pieds fermement ancrés dans le présent tant la musique « mutante » jouée par le quatuor ne semble ne pouvoir être le fruit de mutations successives de genres distincts ? Quoiqu'il en soit, le groupe a plutôt réussi son coup tant l'euphorie et la transe du groupe (cf. « Dérapage américain ») est contagieuse. Dansez, maintenant… 

En concert le 29/03 à Paris (FGO)
https://www.facebook.com/drameteam/
https://platinumrecords.bandcamp.com/album/drame


jeudi 1 mars 2018

Otis Stacks : « Fashion Drunk »



Après un premier EP très prometteur mais terriblement frustrant (deux titres seulement et beaucoup de remixes) le duo Otis Stacks est de retour avec son premier album qui signe les véritables débuts du groupe. Et le résultat est à la hauteur de toutes nos espérances ! Otis Stacks donc. Otis comme Otis Redding, Stacks comme le fameux label de Memphis (Stax) quoique orthographié différemment. De soul il est donc beaucoup question sur cet album, mais contrairement à ce que laisse supposer le (génial) patronyme du duo, il n'est point question de revival sixties ou seventies, ni même de funk. Le duo préfère déplacer le curseur un peu plus loin dans le temps évoquant plutôt la fin du vingtième siècle et tendant de nombreuses passerelles vers le hip hop. Il en résulte une soul langoureuse et diablement sexy servie à point avec de chauds sons de claviers vintage, signée Mike, et la voix de crooner d'Elias, le chanteur. Un seul regret, le fantastique « Take off you coat », qu'ils jouaient sur scène en 2016 (au Silencio notamment) est absent des débats et c'est bien dommage. Pour le reste, voici un fantastique disque pour accompagner vos soirées, car c'est évidemment le soir que cette ambiance feutrée est la plus appréciable. A découvrir.

mercredi 28 février 2018

The Buttshakers : « Sweet Rewards »



Depuis qu'on les a découverts une après-midi boueuse aux Eurockéennes de Belfort, on reste persuadés que la France détient en ce groupe une petite merveille située à équidistance de Sharon Jones and the Dap-Kings et des BellRays (cf. « Tax Man »). Ce nouvel album, leur quatrième sortie, marque cependant une évolution pour le groupe qui étoffe son identité sonore à grands coups de percussions ravageuses (« Hypnotized ») et de choeurs féminin. Autant de pas effectués par le quatuor pour s'éloigner du rock garage pour plus de soul et de funk vintage. Et la formule fonctionne au-delà de toutes les espérances tant le groupe a su faire sien cet idiome séculaire en se reposant sur ses forces, soit un songwriting solide servi à merveille par la charismatique chanteuse étasunienne Ciara Thompson et une section de cuivres incendiaires. Mais loin de se cantonner à un seul style, le groupe livre en « Movin On » un petit bijou de soul psychédélique au groove alangui, "Roll Miss Roll' se pare de séduisants atours acoustiques, alors que « Tax Man » et "Weak Ends" abattent une carte plus rock n'roll rappelant les débuts du groupe. Si les sorties soul vintage se multiplient depuis quelques années (et les déceptions aussi), cette formation semble armée pour tenir la dragée haute à n'importe quel combo venu d'outre-Atlantique ou d'ailleurs. De quoi en tout cas faire honneur au patronyme du groupe tant ces neuf plages brûlantes donnent envie de se secouer le popotin sur le groove ravageur du groupe.

http://thebuttshakers.com/
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mardi 27 février 2018

Mavis Staples : « If all I was was black»



A 78 ans, Mavis Staples, figure légendaire de la soul étasunienne, a peut-être bien trouvé un nouvel alter-ego musical en la personne de Jeff Tweedy (Wilco) qui collabore pour la troisième fois avec la chanteuse. Cette dernière n'a en tout cas rien perdu de son mordant (cf. "No time for crying") et le titre de ce nouvel effort pourrait se lire comme une question : et si je n'étais que noire et si toute la complexité et la personnalité d'une personne ne se résumait qu'à ça : une couleur de peau ? La pensée, aussi glaçante soit-elle, donne l'occasion à l'artiste de s'interroger sur les questions d'identité et de tension raciale en pleine expansion depuis l'élection d'un certain Donald Trump à la Maison Blanche. Un combat à rapprocher de celui pour les droits civiques des années 1960 (même si l'époque n'a plus rien à voir) et à l'unisson sur la plan musical ; Jeff Tweedy (également compositeur) prenant un malin plaisir à évoquer les classiques de la soul et du blues (voire du gospel/folk cf. « Peaceful dream ») le long d'un album compact, dense et ramassé, remarquable d'unité sonore, aux allures de classique immédiat dont la durée relativement brève (30 minutes) renoue avec celle d'un vieux vinyle. Intemporel.


lundi 26 février 2018

Hotel : « Room 102 »



Auteur d'un premier EP (« Express Checkout ») en juin dernier, Hotel est déjà de retour avec un nouvel effort de cinq titres. Et entre-temps, le duo a revu sa copie. Les textes privilégient désormais le français (un seul titre dans la langue de Shakespeare) et le groupe affine son approche musicale privilégiant les synthés et autres boîtes à rythmes vintage, surlignant le tout d'une pointe de rock n'roll via des guitares inspirées, jamais intrusives, mais trouvant l'espace pour se faufiler entre les notes. L'alchimie fait des miracles et rappelle, en vrac, la new-wave des années 80, les jeunes gens modernes (et chics) de l'époque, le krautrock, la pop psyché et progressive. Un sacré mélange mettant l'accent sur une forme hypnotique (cf. « Transcendantal Express » qui dépasse les six minutes) d'où se dégage une ambiance cotonneuse qui n'exclut pas quelques coups de sang (« Dust »). Un je ne sais quoi de décadent se dégage du disque et saisit l'auditeur. Une sensation qui rappelle un réveil vaseux au petit matin, pas rasé et un café noir à la main. Et au final, un petit chef d'oeuvre à la clef pour le duo : « Perfecto » où planent les fantômes du Velvet Underground et de Bowie. Une réussite ! 

En concert le 3 mars au 59 Rivoli (Paris).